Malgré cela il est nécessaire pour l’Europe de suivre les progrès militaires de ce peuple qui a donné tant de témoignages de son intelligence, de sa vigueur et de son indéniable esprit de méthode et d’organisation. Déjà, quelques gouvernements ont envoyé et continuent d’envoyer tous les ans des officiers capables de se mettre au courant des choses japonaises. Je sais bien que cette habitude de courtoisie d’échanger des missions militaires ne mène pas à grand chose au point de vue métier ; car, et cela est bien naturel, on ne se montre que ce qui ne peut pas se cacher ; mais on arrive, néanmoins, à pénétrer un peu les habitudes et les coutumes, la manière de voir et de procéder du peuple chez lequel on vit. Je ne dis pas pénétrer l’âme : car, s’il est assez facile de pénétrer l’âme d’un Français, ouvert et franc (trop franc), il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’aller jusqu’au fond de la pensée d’un Chinois ou d’un Japonais.
Tout ce que je viens d’écrire sur l’armée japonaise au point de vue du recrutement, de l’organisation et du chiffre d’hommes disponibles est basé sur les nouvelles lois militaires qui ont été changées ou remaniées après la guerre de Mandchourie. Quelques points manqueront peut-être d’une stricte exactitude (ces choses techniques ne pouvant être traitées à fond que par un militaire), mais cela suffira à donner une idée assez complète de la formidable machine de guerre que le Japon est en train de monter et d’agencer.
Les principales garnisons des régiments sont Tokio, où se trouve également la division de la garde ; Sakura ; Sendai ; Aomori ; Nagoya ; Kanazawa ; Osaka ; Himeji ; Hiroshima ; Matsuyama ; Kumamoto ; Kokura. Depuis l’augmentation du contingent, on a réparti des bataillons dans d’autres villes ; de plus, une division d’occupation se tient toujours en Corée ; il est même question d’en augmenter l’effectif, la Corée supportant mal l’introduction, par le Japon, de la civilisation occidentale. Une autre division d’occupation est stationnée en Mandchourie.
Hiroshima, situé sur la mer intérieure, bien abrité et bien défendu, a été, durant les deux dernières guerres, le siège du grand quartier général où l’Empereur s’était transporté en personne.
Ainsi que je l’ai dit dans un chapitre précédent, le Japonais est de petite taille ; les hommes mesurent en général de 1 mètre 50 à 1 mètre 55.
Le classement des recrues, au point de vue de l’instruction, pour 1906, était le suivant :
Jeunes gens terminant leurs études aux Écoles supérieures : 717 ;
Ayant terminé leurs études et passé les examens des Écoles supérieures : 492 ;
Terminant leurs études dans les lycées (Kô tô chu gakkô) : 8.419 ;
Ayant terminé les études du lycée et passé les examens : 9.277 ;