Il est infiniment plus probable, d’ailleurs, que ce n’est là qu’une légende et que la laque, comme le reste, vient de la Chine et de la Corée. Il ne faut pas oublier en effet que, alors que la Chine était déjà fort civilisée sous la dynastie de Tcheou (1123-246 av. J.-C.), à cette époque le Japon n’était qu’un amas de tribus sauvages, et que c’est grâce à la Chine et à la Corée que ces tribus sont devenues une nation civilisée.

Sous le règne de l’Empereur Kôtoku (645-654) une administration spéciale fut créée pour surveiller la fabrication de la laque. La laque rouge ne fut connue que sous le règne de l’Empereur Temmu (673-695) ; cette laque se fabriquait et se fabrique encore dans le Nord de la Chine et celle de Péking est la plus renommée ; la laque rouge fabriquée au Japon est très inférieure. L’Empereur Mommu (697-707), pour encourager les plantations d’arbres à laque, accepta le payement des impôts en sève de cet arbre. L’industrie de la laque fit de grands progrès pendant la première moitié du VIIIe siècle ; on trouva alors différents procédés de coloration, ainsi que l’application de l’or. Les désordres intérieurs, qui se répétèrent durant le règne de l’Empereur Sujaku (930), arrêtèrent l’essor de cet art comme de beaucoup d’autres ; mais les habitudes luxueuses des nobles de la cour à Kioto lui redonnèrent vite un nouvel essor, et les artistes laqueurs furent appelés, chez les daïmios, dans toutes les parties de l’Empire. Quand Yoritomo établit sa capitale à Kamakura, nombre de fabricants l’y suivirent, mais le centre de la fabrication de la laque resta toujours à Kioto. De merveilleuses pièces des siècles passés peuvent être admirées dans le musée d’Uyeno, à Tokio. Le Gouvernement japonais rachète très cher toutes les merveilles qui ont pris le chemin de l’étranger à l’époque des troubles de la Restauration impériale. Aujourd’hui on ne fait plus rien de solide comme laque ; les artistes d’autrefois mettaient leur vie à créer un objet ; de nos jours on fabrique du clinquant à bon marché pour l’exportation, et les chefs-d’œuvre sont rares.

La laque est fournie par la sève du rhus vernicifera ; il existe au moins douze façons de préparer le vernis, suivant qu’on le laisse pur ou qu’on le mélange à d’autres substances telles que le sulfate de fer, l’eau de tabac, l’huile, le vermillon, l’orpiment, l’indigo.

Les laques se fabriquent dans plusieurs endroits, entre autres à Aidzu, province d’Iwashiro ; dans la province de Suruga ; dans la province de Wakasa ; à Tsugaru ; à Wajima ; à Noshiro ; dans la province de Kii ; à Nikko ; à Odawara. Toutes ces villes ne produisent pas de laques de qualité supérieure, et l’on trouve en général les meilleurs ouvriers et les plus belles pièces de laque dans les trois villes de Tokio, Kioto, Osaka. Il en est de même pour les laques d’or, les procédés employés variant selon les localités.

Voici les principaux procédés pour la préparation du vernis[10] :

[10] D’après les publications officielles de l’administration japonaise.

L’un consiste à prendre la sève du rhus vernicifera à l’état naturel dans une grande cuvette en bois, puis on la remue au soleil au moyen d’une longue spatule afin de la débarrasser par l’évaporation de son excédent d’eau ; on obtient ainsi le kuro me urushi. Quand on tamise le vernis ainsi obtenu, on a le seshi me urushi.

En mélangeant du kuro me urushi, du sulfate de fer et du toshiru, on produit le kuro urushi. (Le toshiru est l’eau plus ou moins trouble que l’on obtient en aiguisant sur une pierre à repasser les couteaux servant à couper le tabac). Selon la nature du kuro me urushi employé, les qualités du mélange portent les différents noms qui suivent :

Roiro, qualité supérieure employée sans être délayée avec de l’huile ;

Hakushita, autre qualité supérieure également employée sans huile ;