Avant l’arrivée des Européens au Japon, les fabriques d’Imari, de Seto, de Kutani, fournissaient à la cour et à l’aristocratie des pièces remarquables, dont quelques-unes sont d’une richesse de couleurs absolument unique. Il reste peu de ces spécimens d’autrefois, et aujourd’hui on n’en fabrique plus, ou du moins on en fabrique très rarement. Les fours travaillent pour l’exportation ; et on peut voir, dans les ports de Yokohama, Kobé et Nagasaki, l’Imari pour globe-trotters à deux yen la douzaine. Quiconque a voyagé dans l’Extrême-Orient a pu voir à Shanghaï et dans tous les ports de Chine, à Singapour, à Rangoon, à Calcutta les magasins de bibelots japonais où sont exposés, à des prix dérisoires, de grands vases de Satsuma, des poteries de Kioto et des assiettes d’Imari, produits de la décadence de l’art céramique japonais. Il faut vendre beaucoup, et à bon marché, donc mauvais. Les grands magasins d’Europe, au reste, vendent aussi de ces japonaiseries bon marché, qui feraient honte aux artistes qu’étaient les anciens fabricants du Nippon.

VII. — L’industrie du métal a été connue au Japon aux temps les plus anciens, et les Japonais ont montré, dans le travail des métaux, un goût et une adresse remarquables. L’introduction du bouddhisme a marqué une nouvelle époque dans l’avancement de l’art des métaux, par suite de l’entrée de différentes sortes d’ornementation dans la construction des temples, et aussi par la quantité d’objets en cuivre nécessaires aux cérémonies du culte. Le haut degré d’habileté atteint par les artistes en métaux sous le règne de l’Empereur Shômu (714-748) est pleinement attesté par les statues, les vases, les accessoires et autres articles religieux conservés dans les temples de Kioto et de Nara. La période des guerres intestines, qui se suivirent sans interruption depuis le XIIe siècle, laissa les idoles bouddhiques dans le discrédit, et développa d’autres goûts ; les artistes tournèrent leur habileté vers la confection des armes et armures. Les sabres d’une si belle trempe, signés Masamune, datent de ce temps-là, et sont aujourd’hui connus dans le monde entier. Le goût des artistes s’est surtout manifesté dans les ornements du casque, du sabre et du fourreau. Après l’avènement des Tokugawa et le retour de la paix, l’industrie guerrière fut patronnée par les Shôgun et par les daïmios ; aujourd’hui les ornementations de casques et de sabres ont cédé la place à d’autres industries plus considérables.

On peut dire que les Japonais connaissaient tous les genres d’ornementation ; ils avaient reçu les principes de la fonte, gravure, moulage, de l’alliage des différents métaux, etc., de la Chine et de la Corée ; le cuivre, le bronze, le fer prenaient sous leurs mains adroites les formes les plus étranges, et on reste étonné devant les imaginations bizarres, extraordinaires et généralement macabres de ces artistes. On dirait souvent des figures et des formes sorties de quelque enfer dantesque. Les principaux alliages employés pour les moulages d’ornement, les statues, les instruments de musique, les cloches, sont :

Le premier est un alliage de cuivre et de plomb ; on y ajoute quelque fois de l’étain ; le second est un alliage de cuivre, d’étain et de plomb (une variété de l’udo est le sentokudo obtenu par le même alliage, mais avec d’autres proportions), le troisième se fait avec du cuivre et du plomb.

Le Shinchu (cuivre jaune) est fait avec du cuivre et du zinc et quelquefois une petite quantité de plomb.

La Shakudo est un alliage de cuivre et d’or.

Le Shi bu ichi se compose de six parties de cuivre et de quatre parties d’argent.

Pour polir ces différents alliages, on les cuit avec du soufre ou bien l’on emploie du sulfate de fer ou du vinaigre de prune.

VIII. — Comme c’est le cas pour toutes les autres industries, les origines de la préparation de la laque ne sont pas très connues ; on dit que sous le règne de Kôan Tennô (392-291 av. J.-C.), vivait un certain Mitsumino Sukune qui serait l’ancêtre des familles qui s’occupaient de cette industrie. Une autre chronique rapporte qu’un jour Yamato dake no Mikoto, fils de l’Empereur Keiko (71-130 ap. J.-C.), était en expédition de chasse, lorsque de la sève d’un certain arbre coula sur sa manche et la salit. Voyant combien il était difficile d’enlever la tache faite par cette sève et comprenant qu’elle pouvait être employée à protéger les objets, il s’en servit pour recouvrir son armure ; ses gens l’imitèrent et ce fut le premier emploi de la laque.