Entrée du temple de Kiomidzu à Kioto.

IV. — L’industrie de la teinture est très anciennement connue à Kioto ; et la grande habileté acquise par ses ouvriers a amené ceux des autres localités, qui ne pouvaient pas atteindre à leur fini, à dire que la teinture de Kioto devait ses qualités à l’excellence de l’eau du Kamogawa. La célèbre teinture appelée Yuzen est une branche du commerce de Kioto. En dehors des vieilles teintures connues, telles que l’indigo (ai), le safran (béni), la garance (akana), les Japonais employaient également beaucoup d’autres plantes tinctoriales venues des Tropiques.

On ignore à quelle époque remonte l’art de la teinture à Kioto, mais on peut fixer la date de 710 sans trop se tromper ; car à ce moment, le procédé d’application de la cire (rôkitsu), sur les parties de l’étoffe qui ne devaient pas être teintes, était déjà connu. Cette industrie fit peu de progrès jusqu’au jour où Yuzen, prêtre fameux en même temps qu’artiste, et résidant dans l’un des nombreux monastères de Kioto, améliora les méthodes existantes et donna un tel essor, que son nom est resté attaché aux procédés de teinture employés encore à ce jour, à Kioto. Ils consistent à couvrir de Nori (espèce de colle de pâte) la partie de l’étoffe qui ne doit pas être teinte et à retirer ce Nori au moyen de la vapeur dès que la teinture est définitivement fixée. Les velours et crêpons de Kioto, genre Yuzen, sont très connus.

V. — La poterie est également l’une des industries apportées de Chine qui ont eu, comme premier foyer au Japon, Kioto. Elle comprend plusieurs variétés : Awata, Kiyomidzu, Raku, Kenzan, Yeiraku ; les deux dernières ne se fabriquent plus. La céramique remonte évidemment plus haut, puisqu’on la trouve mentionnée dans les livres historiques publiés avant notre ère. Deux cents ans après Jésus-Christ, la céramique avait déjà fait des progrès, et l’histoire nous dit qu’en l’an 400 on établit des fabriques de poteries dans les cinq provinces de Yamashiro, Ise, Setsu, Tamba, Tajima. En 720, un prêtre nommé Giyôgi, natif du district d’Otori, province d’Idzumi, inventa le tour ; à partir de ce moment, l’art de la céramique semble prendre son essor et se perfectionne rapidement. On se mit, en effet, à employer les moyens connus des Chinois et des Coréens et de grandes manufactures furent fondées dans les provinces de Bizen, Hizen, Owari. En 1510 on voit apparaître pour la première fois au Japon la porcelaine proprement dite. Grâce aux manufactures établies dans les provinces de Hizen et d’Owari, ainsi que dans la ville de Kioto, l’art de la céramique fit de rapides progrès.

Il y a, au Japon, trois genres bien distincts : Awata Yaki, Satsuma Yaki, Awaji Yaki.

L’origine de l’Awata Yaki n’est pas très connue ; suivant la tradition, elle daterait des premières années de l’ère Tempiô (729-748) et aurait été découverte par un bonze du village de Yamashina, à l’Est d’Awata. A la fin de la période Keicho (1596-1614) un potier nommé Kiuyemon, vivant à Awataguchi, mit la marque « Awata » sur tous les objets qu’il fabriquait, et depuis tous les produits sortant de là ont été nommés Awata. Aujourd’hui les procédés de fabrication ont été perfectionnés et les produits awata sont très estimés.

La poterie de Kiomidzu fut d’abord fabriquée au village de Seikanji ; mais, au commencement du XVIIe siècle, les manufactures furent transportées à Gojô Zoka, à l’Est de Gojô. Le coloris et la peinture à l’or furent découvert par Chawanya Kiubei et Nonomura Ninsei. Ce dernier construisit une fabrique à Sanneizaka où il fabriquait de la faïence très fine. Au début du XIXe siècle, un certain Kumakichi introduisit des changements dans la fabrication et la peinture.

La poterie dite raku a été introduite, vers 1530, par un Chinois ou un Coréen qui s’installa à Kioto et ne quitta plus le Japon. Son fils, Chôyu, lui succéda et reçut du Shogûn Hideyoshi, en 1588, l’ordre de faire de la poterie couleur noir rougeâtre, d’après des dessins fournis par Rikiu, un fameux maître des cérémonies attaché, pour les cérémonies du thé, à la personne de ce général. Hideyoshi fut si satisfait du résultat qu’il fit don à Chôyu d’un cachet avec le caractère raku (satisfaction, joie, plaisir). D’où le nom de la porcelaine raku yaki.

VI. — Ce fut Shimazu Yoshihisa, un des généraux envoyés en Corée par Hideyoshi, qui créa la faïence de Satsuma. A son retour de l’expédition, en 1598, il ramena dix-sept potiers célèbres qu’il établit dans les deux provinces de Satsuma et d’Osumi ; plus tard il rassembla tous ces ouvriers dans un endroit nommé Nayeshirogawa. Ne se mariant qu’avec des Coréennes, ces ouvriers conservèrent pendant longtemps leurs mœurs, leur langue et leur type distinctif. On trouve actuellement à Nayeshirogawa, quelques centaines de familles formant un total de trois mille individus qui exercent tous le métier de leurs ancêtres. En 1630, un célèbre potier, nommé Boku teigo, découvrit du Shirotsuchi (de la terre blanche) dans les environs de Nayeshirogawa ; cette découverte amena une amélioration sensible dans la fabrication des produits. C’est à partir de cette époque que l’on se mit à employer l’or, l’argent et les matières colorantes pour la décoration de faïences.

Les porcelaines de Imari (Hizen), de Seto (Owari), de la province de Mino, de Kutani (Kaga) viennent également de Chine. Ce sont des Chinois ou des Coréens émigrés qui ont importé les procédés de fabrication ; ou bien des Japonais, comme Gorodayu Shunsui, de la province de Ise, se rendirent en Chine pour y apprendre à faire la porcelaine et à construire les fours nécessaires. Toutes ces porcelaines prospérèrent au Japon entre 1500 et 1600.