CHAPITRE XII

I. L’industrie autrefois. — II. La soie ; ses débuts au Japon. — III. Fils et tissus de soie. — IV. Industrie de la teinture. — V. La poterie. — VI. Faïence de Satsuma ; porcelaines d’Imari. — VII. L’industrie des métaux. — VIII. La laque. — IX. Éventails, paravents, sculpture sur bois et ivoire.

I. — De tout temps le Japon a été plutôt un pays agricole et militaire qu’un pays industriel et commercial. Autrefois, les seules industries qui existaient, étaient entre les mains de certaines familles, ou de certaines corporations qui en gardaient jalousement le secret. On travaillait chez soi et, souvent, on mettait vingt ou trente ans à finir une belle pièce de soie, de laque ou de porcelaine. C’est à Kioto que vinrent s’établir les premiers artistes et artisans ; la cour leur donna sa protection, et toutes les nouveautés, qui passèrent de Chine au Japon, trouvèrent d’abord un abri au palais du Mikado. Car toute industrie arriva de Chine comme le reste. Plus tard, lorsque des élèves furent formés dans les différents genres, les grands seigneurs feudataires s’attachèrent des fabricants d’objets les plus variés, et ce fut dans l’aristocratie que la première industrie japonaise s’épanouit. Je donnerai donc, en premier lieu, un aperçu de l’industrie de la soie, qui subsiste encore à Kioto et dans d’autres centres, bien que transformée et se transformant chaque jour, par suite de l’introduction de la machinerie européenne.

II. — L’industrie de la soie a existé fort anciennement. Les fabriques des temps anciens étaient forcément primitives et les tissus de soie étaient de pauvre et mince qualité. C’est vers 192, sous l’Empereur Chu ai, que la fabrication coréenne, bien supérieure, fut introduite au Japon à la suite de présents de gaze et de satin faits au Mikado par le roi du royaume coréen de Shiragi. Puis, en 270, sous le règne de l’Empereur Ojin, le roi du royaume coréen de Kudara envoya au Japon un tisseur nommé Saiso. L’Empereur Nintoku fit répandre, dans le pays, des familles chinoises afin d’enseigner aux populations à élever les vers à soie et à tisser. Enfin, en 794, lorsque l’Empereur Kwanmu fit de Kioto sa capitale, il créa une administration spéciale de l’industrie de la soie. Sous la direction de Hideyoshi, des ouvriers chinois vinrent à Sakai, port d’Osaka, alors très florissant, et enseignèrent au peuple l’art de tisser la gaze, le brocart, le brocart d’or, le damas, et aussi la soie simple, l’étoffe de soie dont on se servait alors en Chine pour les vêtements, sous la dynastie des Ming. Les Shôguns Tokugawa favorisèrent cette industrie ; beaucoup de daïmios firent de même, notamment ceux de Yonezawa et Fukuoka. C’est ainsi que le tissage de la soie se répandit dans l’Est, vers Yedo, où il est très florissant aujourd’hui. Vers la période Tenshô (1573-1591) un tisseur de Sakai vint au quartier de Kiôtô appelé Nishi jin (encore actuellement quartier des tisserands de Kioto) et présenta des tissus de brocart et d’autres soieries. Bientôt Sakai fut surpassé par son élève et Nishi jin fournit les meilleurs produits. C’est là que le damas de soie nommé Aya fut créé. Brocart, damas, satin et autres tissus, pour lesquels Kioto est renommé, datent de la même époque. Le velours y fut fabriqué plus tard en imitation de celui qui fut importé par les Hollandais (vers 1596). Le crêpe de soie date, dit-on, de 1156, mais on ne connaît pas son lieu d’origine. Ce n’est toutefois qu’en 1573 qu’il parut à Kioto, d’où il se transmit à Kiriu. A l’heure qu’il est, le tissage à Nishi jin se fait encore suivant les vieux procédés, bien qu’on ait commencé à introduire tout récemment le système Jacquard.

Le crêpe, appelé Kanoko shibori ou kanoko sha chirimen, est une spécialité de Kioto.

La broderie, l’un des arts les plus anciens du Japon, est aussi originaire de Kioto ; on y brodait les vêtements de cour, les robes de prêtres bouddhistes, les cols et ceintures des vêtements de femme, et aussi les fukusa ou pièces de soie dont on se sert toujours pour recouvrir les présents qu’on envoie. Le métier à broder est exactement le même que chez nous.

III. — L’origine de l’industrie des fils et tresses de soie est trop ancienne pour être connue. Durant le règne de l’impératrice Suiko (593-628), la civilisation chinoise fit beaucoup de progrès. Suiko encouragea les industries et quantité de pièces pour vêtements commencèrent à être fabriquées en soie. Quand les vêtements de cour furent mis à la mode, on se servit d’une tresse de soie nommée hirao, introduite de Corée. La fabrication de cette tresse prospéra à Nara, alors capitale dans la première partie du VIIIe siècle, et devint florissante après l’établissement de la capitale à Kioto. Une partie du palais était assignée aux ouvriers en soie et on l’appelait ito dokoro ou « place du fil ». C’était là qu’était produit le fil en usage pour la préparation du Kusudama, large boule faite de fils de soie de toutes couleurs entrelacés et qu’on pendait dans les maisons, au printemps, à un jour fixé, pour préserver des maladies. La cour de Kioto possédait un atelier de tissage et de broderie. Les princesses et les dames de la cour avaient des voitures richement décorées de cordons d’or, d’argent et de soie. Pendant le XIIe siècle, au moment de la lutte des Taira et des Minamoto, les différentes pièces de l’armure des guerriers étaient reliées entre elles par des cordes de soie. Durant la guerre du XVe siècle, les fabriques souffrirent beaucoup, mais elles prirent un nouvel essor sous l’administration de Hideyoshi (Taikosama). Puis, sous les Tokugawa, alors que les daïmios devaient venir rendre hommage au Shôgun, c’était à qui d’entre eux porterait les costumes les plus richement ornés de tresses de Kioto. Aujourd’hui les tresses de soie sont encore un des accessoires de la toilette japonaise.

Les cordes de soie pour instruments de musique sont d’un usage très ancien. Les Empereurs Inkio (411-453), Monmu (697-707) et Ninmiyo (834-850) étaient très amateurs de la harpe (biwa) et encourageaient la fabrication de ces cordes. Vers 1131 un aveugle de la ville de Sakai inventa le Shamisen (guitare), pour lequel il se servit également de cordes en soie.

Pendant l’ère de Tempô (1830-1844), alors que l’industrie de la soie était dans une situation très florissante, il s’établit une corporation des fabricants de fils de soie et de tresses. Une succursale fut installée à Yedo où l’on employait beaucoup la tresse de soie pour l’ornementation de la poignée des sabres. En 1883 et en 1893 la corporation fut remaniée et réorganisée.