IX. — Le camphrier est l’un des arbres qui méritent une description spéciale, son produit étant en usage dans le monde entier, et la fabrication de ce produit se faisant pour une grande partie au Japon et à Formose. Quand le monopole fut établi à Formose par le gouvernement Japonais, il pensait que le camphre de l’île conduirait le marché du monde. Tel ne fut pas le cas ; car alors le Japon d’abord, le Sud de la Chine ensuite se mirent à raffiner davantage ; aujourd’hui les camphriers du Japon ont à peu près disparu, et le gouvernement a étendu à tout le pays le système du monopole ; cela n’a pas remonté le cours, la Chine continuant à faire concurrence, et les Américains ayant trouvé un procédé pour fabriquer le camphre chimiquement. Le sol de Formose possède encore pense-t-on assez d’arbres pour fournir le camphre pendant quelques dizaines d’années, mais c’est tout. On a replanté de jeunes camphriers, mais comme il faut au moins soixante ans à un arbre pour fournir une récolte convenable, l’opération ne « paye pas ».
Les Japonais actuellement essayent un autre procédé chez eux : c’est la plantation de jeunes camphriers tous les ans et l’abatage des arbres dès qu’ils ont cinq ans ; l’extraction du camphre ne sera pas considérable sur chaque arbre, mais elle sera constante et pourra fournir un certain stock si les terrains plantés ont une superficie suffisante.
X. — Dans un pays aussi humide et aussi couvert de forêts les champignons poussent en grand nombre, et les Japonais en sont très friands.
Le Matsutaké (agaricus) vient, comme son nom l’indique, dans les forêts de pins (matsu) ; il se mange bouilli ou grillé ; il peut se conserver longtemps salé ou simplement séché. Ce champignon se montre dans toutes les parties du Japon, mais celui de Kioto est le plus estimé.
Le Hatsudake se rencontre dans les forêts ; il comprend deux espèces, l’une qui est brunâtre, l’autre verdâtre.
Le Kawatake pousse dans les parties des bois où la lumière ne peut pénétrer, on le conserve séché ; son odeur est très agréable et il a un goût exquis.
Le Kikurage est un champignon qui pousse sur différents arbres. Les meilleurs sont ceux que l’on trouve sur le mûrier (morus alba), sur le nire (ulmus campestris) ; on les conserve séchés.
Le Shorô se rencontre dans les terrains sablonneux où poussent des pins ; il ressemble à une truffe et il est très estimé pour son goût délicat.
L’Iwatake se trouve sur les rochers escarpés et les montagnes abruptes ; il est difficile de se le procurer ; on le conserve séché. C’est une espèce de lichen.
Telles sont les principales espèces, mais il y en a une grande quantité d’autres ; le Japon est par excellence le pays des champignons. Les indigènes cultivent une espèce dont ils font une grande consommation, le Shii take (agaricus campestris). Ils prennent un morceau de tronc d’un shii (quercus cuspidata) ou d’un autre arbre de la même famille ; ils y pratiquent des incisions, puis mouillent le bois et le laissent dans un endroit privé de lumière. Au bout d’un certain temps, on voit apparaître le champignon que l’on nomme suivant la saison Haruko (champignon de printemps), Natsuko (champignon d’été) et Akiko (champignon d’automne). Une fois séché on peut le conserver longtemps.