On prend un morceau de toile de bœhmeria[11] que l’on coupe suivant les dimensions de l’objet que l’on doit recouvrir, en ayant soin de l’appliquer de telle façon qu’il n’y ait aucun pli ; puis, pour la coller et la maintenir en cet état, on la recouvre d’une couche de seshime urushi. On passe ensuite une couche de shiriko sabi par-dessus afin d’oblitérer toute trace de tissus. Cette couche une fois séchée on la polit avec une pierre à repasser. Ceci fait, on pose une couche de tonoko sabi que l’on polit à son tour de la même manière. On applique ensuite une couche d’encre de Chine, et, avec une spatule, on étend une couche de yoshino urushi. Après avoir fait sécher, on polit à plusieurs reprises cette nouvelle couche avec de l’eau et du charbon de bois nommé koshiwo shinu. Cette opération se fait en prenant un peu de poudre de ce charbon avec les doigts et en polissant à la main. On recouvre ensuite le tout d’une couche de vernis ordinaire que l’on a soin de sécher sur le champ. Une fois sec on applique une couche de roiro urushi que l’on fait également sécher ; on polit ensuite à la main à plusieurs reprises avec du charbon de bois, puis avec de la corne de cerf pulvérisée.

[11] Toile de ramie ou ortie de Chine.

Cette description donnant au lecteur une idée du travail à accomplir pour laquer un objet, nous nous contenterons d’énumérer les diverses autres sortes de laques :

Hana nuri ; handa nuri ; shunkei nuri ; kaki awese nuri ; tame nuri ; seishitsu nuri ; ki uro nuri ; uru mi iro nuri.

Tsugaru nuri. Ce genre de laque est celui qui exige sans contredit le plus de soin dans sa préparation. On commence par découper soigneusement les emboîtements du bois au moyen d’un ciseau, puis on bouche les interstices au moyen de kokudzu, mélange de farine, de sciure de bois et de vernis brut. Pour les pièces cannées on consolide les joints au moyen d’une cheville. Ces emboîtements sont ensuite recouverts d’une couche d’un enduit se composant d’argile calcinée et de vernis brut étendu d’eau. On étend ensuite le linge, comme d’habitude, sur le bois avec un mélange de vernis brut et de farine ; cette opération se nomme nuno kise. On applique après cela un mélange de vernis brut et d’argile calcinée à la jonction des différents morceaux de toile, puis on étale une première couche de vernis sur le tout et on polit avec une pierre à repasser grossière. Cette première opération finie, on applique un nouveau mélange se composant d’argile carbonisée et de pierre à aiguiser pulvérisée en proportions égales ainsi que du vernis brut. Ceci a pour but de rendre la couche inférieure bien unie ; le tout est enfin poli avec une pierre à aiguiser plus fine, et, pour effacer les traces laissées par cette polissure, on dispose une couche de sabi urushi, c’est-à-dire du vernis brut, mêlé à de la pierre à aiguiser, pulvérisée, étendue d’eau. Cette nouvelle couche est également polie avec une pierre à repasser encore plus fine et qui porte le nom d’awoto. On met alors l’objet dans une armoire, hors des atteintes de la lumière, après l’avoir recouvert d’une couche de kuro me urushi. Enfin la polissure au charbon de bois vient terminer la liste de ces opérations minutieuses ; on possède alors un objet uni comme une glace, brillant et sans défaut.

Pour obtenir les marbrures, on procède de la manière suivante : on mêle le vernis appelé yoshino urushi, avec diverses matières colorantes et un blanc d’œuf destiné à donner plus de consistance au mélange, que l’on frappe avec une spatule très mince ; le vernis s’attachant en partie à la spatule produit des dépressions qui sont la base de marbrures. On applique ensuite une couche de vernis préparé comme il a été dit plus haut, puis on ajoute une couche de roiro urushi, destinée à séparer la précédente d’une nouvelle couche semblable que l’on étale avec une brosse. On pose après cela une couche de vernis d’une autre couleur, puis une de roiro urushi et enfin deux couches de vernis de couleurs différentes. On termine l’opération en faisant bien sécher le tout. Les objets ainsi séchés sont polis avec trois sortes de pierres à aiguiser de plus en plus fines, et finalement exposés au soleil pendant deux ou trois jours, ce qui rend la couleur plus vive et plus brillante. On continue en effaçant les traces de la précédente polissure au moyen d’une couche de vernis coloré ; on polit de nouveau ; puis on ajoute encore une couche de vernis et on polit avec une pierre nommée Nagurato. L’effet du soleil sur ces couleurs est de rehausser leur éclat. Quand tout est terminé on rend l’objet aussi uni et aussi net que possible en le couvrant d’un mélange d’huile et de pierre à aiguiser pulvérisée dont on imbibe un tampon en coton, et on frotte jusqu’à ce que l’objet commence à reluire. On prend alors de l’ouate imprégnée de vernis brut pour frictionner l’objet, puis on verse de l’huile dessus, on y jette de la corne de cerf pulvérisée et on essuie le tout avec du papier soyeux qui donne un brillant parfait.

Enfin il existe un dernier genre de laque, c’est le tsui koku nuri ; inutile d’en donner la description qui ressemble plus ou moins à toutes les autres, sauf que l’on grave des dessins après que l’on a mis plusieurs couches de vernis.

Dans toute cette description de la laque, nuri veut dire laque, laquer ; nuri mono un objet en laque ; urushi est le vernis tiré du rhus vernicifera, avec lequel on fait la laque.

Le triomphe de l’artiste japonais c’était autrefois la laque d’or. Que de merveilles ont été ainsi créées avec patience dans les âges passés ! Pour s’en rendre compte il faut aller au musée d’Uyéno à Tokio où sont rassemblées quelques-unes des plus belles pièces du Japon d’autrefois. Quelques anciens daïmios en possèdent aussi personnellement de fort jolis échantillons. Cette espèce particulière de laque qu’on ne trouve qu’au Japon se nomme Makiye.

Aujourd’hui certains artistes japonais ont essayé de reproduire en laque d’or des objets autres que les boîtes, tables et écrans que l’on faisait déjà au temps de Kwanmu Tennô (782-805 ap. J.-C.) ; mais les belles pièces coûtent fort cher, elles ne sont achetées que par la cour (90 pour 100 vont à l’Empereur), et données en cadeau. La laque d’or n’est pas une marchandise qui « paye », comme disent les Anglais ; aussi en voit-on peu. Les Japonais se bornent à une vague imitation bon marché à l’usage des Européens et du vulgaire.