IX. — Les éventails, les paravents, la sculpture sur bois et sur ivoire furent eux aussi importés de Chine, le cloisonné ou shippô également ; il n’atteignit jamais au Japon la solidité du cloisonné chinois, quoi qu’il fût plus élégant ; aujourd’hui Tokio et Yokohama fabriquent beaucoup le cloisonné pour l’exportation, mais bien peu de pièces se conservent sans se détériorer.
L’ivoire, par contre, a été de tout temps travaillé par les Japonais avec une adresse et un art qui ont dépassé ceux de leurs maîtres chinois. Les netsuke, dont raffolent les amateurs de japonisme, offrent des formes innombrables et représentent des scènes et des personnages variés à l’infini. Les artistes modernes n’ont d’ailleurs, pas dégénéré, et l’on découvre encore aujourd’hui de véritables merveilles parmi les nombreux ivoires exposés dans les magasins de Yokohama.
X. — Tout l’art japonais est venu de Chine, et partout, dans les divers objets fabriqués en bronze, en laque, en kakémono, nous retrouvons les légendes chinoises et le vieux fond chinois. Il est, toutefois, bien évident que le Japonais a grandement amélioré l’art primitif du Chinois ; il l’a affiné, et la facture en est plus élégante et plus gracieuse ; mais, en somme, il faut bien avouer que l’engouement que l’on a en Europe et en Amérique pour l’art japonais est un pur snobisme. Un Européen, qui est resté quinze et vingt ans, au Japon peut finir par goûter l’art très spécial du pays ; mais qu’il revienne en Europe et qu’il se trouve devant les merveilles de l’art français, italien, espagnol, flamand, ou anglais ; qu’il reprenne contact avec la noblesse et la grandeur des œuvres élaborées par le génie occidental depuis les anciens Grecs jusqu’à l’époque chrétienne, aux temps de la Renaissance et à notre époque contemporaine, et il oubliera vite vases de bronze encerclés de dragons, brûle-parfums de Satsuma et netsuké d’ivoire ! L’art japonais n’a pas d’envolée : c’est un art de détails délicats, souvent fort jolis, et dénotant un travail considérable ; ce n’est pas un art de grande envergure.
CHAPITRE XIII
I. L’industrie nouvelle. — II. Sociétés industrielles actuellement existantes. — III. Divers genres d’entreprises. — IV. Principaux districts de tissage. — V. L’industrie céramique, la laque, les allumettes. — VI. Les cuirs. — VII. Les conserves alimentaires ; le papier, etc. — VIII. Manufactures d’État. — IX. Concurrence japonaise ; emploi des capitaux européens dans le pays. — X. Gages et salaires. — XI. Esquisse rétrospective.
I. — Après avoir exposé ce qu’était l’industrie dans le Japon ancien, je vais essayer de donner un aperçu des industries du Japon actuel, du Japon transformé. Les publications officielles pour l’année 1908-09, fournissent les éléments statistiques, à l’aide desquels on peut se faire une idée du développement industriel du Japon, conçu suivant les idées modernes.
La plupart des industries nouvelles, qui se sont installées sous le nouveau régime, ont débuté sous les auspices du Gouvernement : dévidage ; filature de coton et de soie ; construction de bateaux ; fabrication du ciment, du verre, des allumettes chimiques, du gaz, de la brique ; métiers à tisser et quelques autres industries, sont toutes dues à l’initiative officielle. Entre 1880, année où l’on mit en vente les propriétés de l’État, et 1893, lorsque la filature de Tomioka fut cédée à la Compagnie Mitsui, presque toutes les manufactures de l’État passèrent dans les mains des particuliers. Aujourd’hui, en dehors de quelques industries spéciales qui, par suite de considérations financières, sont dirigées par l’État sous forme de monopoles, et des manufactures militaires, l’État n’a plus en main que la Monnaie et une imprimerie.
II. — Comme je l’ai déjà dit précédemment, l’agriculture est la fortune principale du Japon ; l’industrie n’y est encore qu’à ses débuts, et elle n’est pas en état, malgré toutes les belles publications mises sous les yeux du public, en français, en anglais et en allemand, de lutter contre l’industrie d’Europe. Ce qui lui manque le plus ce sont les capitaux.
Les sociétés industrielles qui existaient en 1906, avec un capital versé d’au moins 500.000 yen, étaient les suivantes :
| Filatures de coton | 38 |
| Mines et métallurgies | 54 |
| Lampes électriques | 89 |
| Constructions de navires | 16 |
| Puits à pétrole | 37 |
| Fabriques de papier | 45 |
| Gaz | 8 |
| Mines de charbon | 32 |
| Filatures autres que le coton | 7 |
| Raffineries de sucre | 8 |
| Soie écrue | 263 |
| Sake (alcool de riz) | 225 |
| Ciment | 17 |
| Bière | 5 |
| Cordes et filets | 13 |
| Produits chimiques | 11 |
| Engrais | 44 |
| Tissus de laine | 11 |
| Cuirs | 13 |
| Vinaigre, shoyu et miso | 120 |
| Imprimeries et fonderies de caractères | 100 |
| Tissus de soie | 53 |
| Briques et tuiles | 45 |
| Huiles | 24 |
| Nettoyage de grains | 107 |
| Manufactures de cuivre et de fer | 28 |
| Matériel roulant | 3 |
| Fils de lin et de chanvre | 2 |
| Sel | 29 |
| Scieries | 50 |
| Machines à tricoter | 17 |
| Tissus de coton | 85 |
| Glace (à boire) | 19 |
| Autres tissus | 50 |
| Coke | 8 |
| Teintureries et blanchisseries | 32 |
| Moulins | 21 |
| Allumettes | 40 |
| Porcelaines et faïences | 31 |