L’arsenal de Maidzuru avec 14 machines et 1.200 ouvriers ;
La poudrerie de Shimose ; le dock de Takeshiki ; le dock de Ominato ; le dock de Bako ; des aciéries occupant 30.000 ouvriers avec 28 machines ; les ateliers des chemins de fer de Shimbashi, d’Omiya, de Kobé et d’Iwamigawa, lesquels occupent en bloc 2.000 ouvriers.
IX. — Comme industrie acquise de l’étranger, celle du coton a été la plus vite brillante au Japon, et aujourd’hui l’importation des cotonnades dans ce pays a baissé dans des proportions formidables ; ainsi en 1887 l’Europe importait dans les îles japonaises 24.630.000 livres de filés de coton ; en 1906 elle n’en importe plus que pour 5.652.000 livres. Aujourd’hui le Japon inonde la Chine de ses produits de coton sous toutes les formes, et tellement bon marché qu’il est impossible à l’Europe, même à l’Allemagne, de lutter. J’ai acheté, dans les ports du Yangtseu, Kiukiang, Hankow, Ichang, des chaussettes japonaises à cinq sous la paire ; des essuie-mains japonais, genre essuie-mains éponge, à deux sous la pièce ! Il est vrai que, lorsqu’on connaît les salaires de famine des fabriques japonaises, on est moins étonné. Toute cette imitation japonaise est d’ailleurs exécrable ; mais pour le Chinois, qui n’a pas le moyen d’acheter cher, c’est précisément ce qu’il faut.
Une des grosses questions qu’agitent les économistes européens est celle de savoir si le Japon va devenir un concurrent sérieux au point de vue industriel. Il y a eu, et il y a encore à ce sujet, de longues dissertations dans les journaux et revues les plus autorisés d’Europe et d’Amérique, et « Hippocrate dit oui si Gallien dit non. » Personnellement je ne crois pas que nous devions nous effrayer, du moins pendant bien longtemps, du péril jaune industriel. L’industrie est encore dans l’enfance au Japon, et la machine n’a pas encore suppléé partout à la main-d’œuvre humaine ; au contraire, cette dernière est la plus répandue. A part les manufactures de coton, qui sont pourtant encore bien loin d’égaler celles d’Europe, les autres industries sont restées, à beaucoup de points de vue, ce qu’elles étaient autrefois. Et puis l’argent manque, les capitaux sont rares dans le pays. Le Japon essaye de les attirer, et il fait beaucoup de propagande en lançant des publications sur les industries, le commerce, les finances de l’Empire. Beaucoup de ces publications sont en anglais, en français, en allemand afin de donner plus de facilités au lecteur.
En réalité, la situation industrielle et financière de l’Empire japonais est loin d’être ce qu’elle peut paraître à la lecture de ces documents mensuels et hebdomadaires, publiés par les banques, les sociétés industrielles et commerciales. Le Japon fait de grands efforts, efforts qu’on ne peut qu’admirer, mais il lui faudra, nécessairement, du temps encore pour atteindre à la haute et brillante situation à laquelle il aspire.
Quant à envoyer des capitaux étrangers dans des affaires japonaises, ce n’est peut être pas encore le moment : nous devons reconnaître que le Gouvernement impérial facilite et attire ce genre de placements, mais les populations ne sont pas encore assez éclairées dans certaines parties des provinces.
A Osaka un de nos compatriotes a installé une fabrique de brosses qui semblait devoir prospérer, mais qui, si j’en crois les dernières nouvelles, a rencontré les plus grandes difficultés.
Un autre de nos compatriotes s’était, pour une autre affaire, associé à un vieux résident français, ingénieur civil, et avait apporté des capitaux pour les placer au Japon. Ces deux Français avaient obtenu l’exploitation d’une immense forêt dans le Sud, à Kiushiu, et ils avaient fait venir des machines, installé des maisons, des hangars, des magasins ; des ouvriers et contre-maîtres français aient été engagés, enfin tout marchait à souhait et semblait devoir prospérer ; deux hauts personnages européens s’étaient intéressés à l’affaire et y avaient placé quelques fonds. Une Compagnie s’était formée et il n’y avait plus qu’à se mettre en train. Les premiers résultats s’annoncèrent satisfaisants, lorsque le 8 juin 1908, une foule japonaise de quinze cent à deux mille hommes envahit les chantiers, démolit les machines, mit le feu aux maisons, enfin détruisit tout ; évidemment, dans cette affaire on ne peut guère rendre responsable des dégâts que l’ignorance de la foule encore mal instruite et peu éclairée ; les autorités du pays sont les premières à réprouver ces actes et à en souffrir ; il n’en est pas moins vrai que l’affaire est ruinée et les capitaux perdus.
IX. — Quoique le Japon se soit assimilé très rapidement les industries européennes, et fasse, dans cette direction, de grands progrès tous les jours, je ne crois pas néanmoins, ainsi que je l’ai déjà remarqué précédemment, que l’Occident ait encore à craindre d’ici longtemps une concurrence sérieuse. D’ailleurs, il faut bien songer à ceci, c’est que le Japon ne saurait se mettre, dès à présent, sur le même rang que les pays manufacturiers d’Europe pour le fini et la solidité de ses produits ; et la preuve en est que, pour les constructions qui lui tiennent surtout à cœur, et où il veut avoir du solide, comme par exemple pour les bâtiments de guerre, il fait venir d’Europe et d’Amérique les aciers et les pièces principales.
Où il fera à l’Europe une grande concurrence (il la fait déjà d’ailleurs), c’est en Chine avec ses cotonnades ; il est évident que ni Manchester ni Bombay n’arriveront à fournir aussi bon marché au Chinois ce dont celui-ci a besoin. Il va sans dire que nous n’en sommes pas encore arrivés au moment où le Japon aura le monopole du commerce cotonnier en Chine ; mais il a déjà commencé par évincer sérieusement les produits anglais de la Mandchourie, et il est connu que le marché de Shanghaï, après la campagne, a beaucoup souffert de la concurrence des tissus et des filés japonais, et nombre de maisons européennes se sont trouvées dans une situation difficile.