C’est, pour le moment, de ce côté que se tournent les efforts des industriels et des commerçants japonais.
L’industrie métallurgique aura aussi son tour, son heure, sans nul doute, mais, pour le moment, elle n’est encore qu’à l’aurore de son existence. Pour arriver à atteindre le développement colossal que l’industrie des métaux a acquis en Europe et aux États-Unis, il faut du temps et de l’argent.
Il n’y a, au reste, qu’à consulter les chiffres pour se rendre compte que le Japon est bien en arrière de tous les pays producteurs de métal ; ainsi la fabrique de Wakamatsu, dirigée par le Gouvernement, produit quelques centaines de mille tonnes de fonte, alors que la France, qui en produit le moins parmi les grands états industriels, en produit encore 4.000.000 de tonnes et que l’Allemagne seule, sans vouloir mettre en ligne l’Angleterre et les États-Unis, en produit environ 12.000.000 de tonnes. Il y a donc encore de la marge.
X. — Voici un tableau des salaires moyens de chaque catégorie d’ouvriers :
| Par jour. | Yen. | Sen. |
| Charpentiers | 0, | 60 |
| Plâtriers | 0, | 60 |
| Tailleurs de pierre | 0, | 66 |
| Scieurs | 0, | 59 |
| Couvreurs en bardeaux, en chaumes | 0, | 57 |
| — en tuiles | 0, | 65 |
| Ouvriers qui briquettent le mur | 0, | 75 |
| Briquetiers | 0, | 55 |
| Nattiers | 0, | 51 |
| Ouvriers en paravents, écrans, etc. | 0, | 55 |
| Colleurs de papiers | 0, | 56 |
| Menuisiers | 0, | 55 |
| Tonneliers | 0, | 45 |
| Sabotiers, galochiers | 0, | 42 |
| Cordonniers et bottiers | 0, | 57 |
| Selliers, bourreliers | 0, | 62 |
| Charrons | 0, | 51 |
| Tailleurs de vêtements japonais | 0, | 47 |
| — européens | 0, | 64 |
| Fabricants de tabatières, blagues, bourses, portefeuilles, etc. | 0, | 57 |
| Teinturiers | 0, | 32 |
| Batteurs de coton | 0, | 41 |
| Forgerons | 0, | 55 |
| Joailliers, bijoutiers | 0, | 52 |
| Fabricants d’ustensiles métalliques | 0, | 53 |
| Fabricants de poteries | 0, | 46 |
| Fabricants d’objets laqués | 0, | 49 |
| Récolteurs de vernis | 0, | 38 |
| Presseurs d’huile | 0, | 42 |
| Fabricants de papier | 0, | 32 |
| Coupeurs de tabac | 0, | 54 |
| Compositeurs d’imprimerie | 0, | 42 |
| Imprimeurs | 0, | 38 |
| Charpentiers pour navires | 0, | 64 |
| Jardiniers | 0, | 55 |
| Journaliers agricoles, hommes | 0, | 32 |
| — femmes | 0, | 20 |
| Éleveurs de vers à soie, hommes | 0, | 29 |
| — femmes | 0, | 23 |
| Fabricants de tissus, hommes | 0, | 34 |
| — femmes | 0, | 18 |
| Fileuses de soie | 0, | 22 |
| Confituriers | 0, | 34 |
| Pêcheurs | 0, | 42 |
| Blanchisseurs de riz | 0, | 32 |
| Journaliers | 0, | 43 |
| Par mois. | Yen. | Sen. |
| Fabricants de saké | 10, | 37 |
| — shoyu. | 7, | 16 |
| Domestiques | 3, | 22 |
| Servantes | 1, | 79 |
| Par an. | Yen. | Sen. |
| Ouvriers agricoles, hommes | 37, | 54 |
| — femmes | 20, | 13 |
Le yen valant 2 fr. 55, un ouvrier agricole homme se paye par an 95 fr. 72, et une femme 51 fr. 33. Étant donné ces salaires, la lourdeur des impôts, les dépenses militaires hors de proportions avec les ressources financières du pays, on ne peut être étonné de la misère qui règne au Japon.
XI. — L’encouragement donné et la protection accordée aux entreprises industrielles et aux établissements manufacturiers ne datent pas d’aujourd’hui.
Déjà, avant la restauration impériale, les trois Daïmios de Satsuma, Mito et Saga avaient établi, en l’ère de Kayei (1848-1853), un arsenal de style européen, et commencé à fondre des canons. Le Daïmio de Satsuma, s’inspirant de la fabrication hollandaise, avait également monté une fabrique de porcelaine, et en 1861, il avait même fait venir d’Angleterre des machines pour filatures. Le Daïmio de Mito, de son côté, avait installé à Ishikawajima (île à l’embouchure du Sumida, dans la baie de Tokio) un chantier pour la construction des navires ; les Shôgun Tokugawa, pendant l’ère de Ansei (1854-1859), firent également installer un chantier semblable à Akuura (Hizen), et un autre aussi à Yokosuka (Sagami) ; mais ce dernier ne fut achevé qu’après la restauration impériale ; il fut d’ailleurs cédé au département de la Marine et il est devenu l’un des principaux ateliers de construction et de réparation de la marine de guerre japonaise. C’est la Compagnie Mitsubishi qui, en 1884, a pris possession des chantiers de Hizen, qu’elle détient encore aujourd’hui, et qui sont connus sous le nom de Chantiers de constructions navales de Nagasaki.
Le mouvement, dessiné par les princes feudataires et les Shôgun, fut continué par le gouvernement impérial ; une filature de soie, montée d’après les principes modernes, fut installée à Tomioka en 1872 sous la direction de M. Brunat, un de nos compatriotes, aidé de contremaîtres et d’ouvriers français ; puis, en 1877, une autre filature pour les déchets fut ouverte à Shinmachi. Une filature de lainages s’ouvrit peu après à Senji, faubourg de Tokio, pour le compte du Gouvernement, et, dix ans après cet exemple officiel, des fabriques de lainages en sociétés privées s’édifiaient sur divers points du territoire.
En 1881 et 1883, dans les districts de Aichi et de Hiroshima, le Gouvernement fit venir d’Angleterre des machines à filer le coton ; puis le tissage du chanvre commença à se développer au Hokkaido (Yézo) où le Gouvernement installa des contremaîtres et ouvriers venus de Lille.