Parmi les aspirans à ma dot, il en est un que je veux distinguer; je n'aurai pas beaucoup de peine: c'est un fat, ou un homme à bonnes fortunes. Il a (pour me servir des expressions consacrées) tout ce qu'il faut pour plaire, c'est-à-dire tout ce qui devroit faire trembler une femme tant soit peu raisonnable: une fortune délabrée, une réputation scandaleusement bonne, l'art de cacher une santé ruinée sous l'attirail de la mode et du goût, un grand nom, beaucoup de luxe, l'esprit du jour, et des parens en place. Certes, excepté madame de Florvel, dont j'apprécie les vertus et la sensibilité, il n'est pas une femme qui ne m'enviera l'honneur de réparer par ma fortune l'inconduite de M. le marquis de Farfalette; c'est un choix à tourner toutes les têtes, et bien fait pour me laver du ridicule d'être pédante.

Frédéric, soyez tranquille: cet homme a besoin de beaucoup d'argent; M. de Miralbe n'est pas disposé à se dessaisir, et je ne risque rien à les mettre vis-à-vis l'un de l'autre. Comptez toujours sur moi, aimez-moi; et plaignez votre pauvre Adèle.

P. S. N'ayant pu vous faire passer ma lettre, je la décachète pour vous avertir que j'aime M. le marquis de Farfalette. On vient de me l'apprendre à l'instant même; c'est lui qui le dit par-tout. Le fat!

Fin du tome second.



FRÉDÉRIC,

TOME TROISIÈME.


[CHAPITRE XXXVI.]