Général, vous exagérez, et comprendre ainsi son rôle de maître de maison serait trop dégradant pour la femme... et pour l’homme!

Pas plus que la femme, l’homme ne doit commander dans un ménage. L’unité de direction que vous réclamez doit être faite de deux volontés qui s’accordent, qui s’harmonisent, de la volonté de l’époux et de l’épouse. Elle ne doit former qu’un tout qui n’atteindra sa perfection qu’après de multiples froissements et d’innombrables heurts, mais enfin qui permettra au ménage de vivre heureux! Et ne taxez pas tout de suite de bourgeois deux époux qui s’aiment, qui vivent l’un pour l’autre, et dont les décisions ne sont prises qu’après un consentement mutuel. Vous êtes faites, Mesdames, non point pour commander, mais pour conseiller; non point pour diriger, mais pour indiquer simplement la direction. Commander, être directrice de votre intérieur, le pourriez-vous avec votre sensibilité poussée jusqu’à l’exaspération, avec votre nervosité, votre exaltation et votre volonté «sautillante comme les mouches»[33]. Non, mille fois non! Et puis, soyez franches comme nous allons l’être. Dans presque tous les ménages, qui dirige, qui conduit moralement, insensiblement, et sans s’en douter la barque? Mais c’est vous, Mesdames!

Les femmes égales de l’homme! Pourquoi? Elles nous font abdiquer quand cela leur plaît: «Voyez-moi, ma fille! Etais-je assez autoritaire, jadis? Eh bien, peu à peu, j’ai plié. Mais quand à inscrire la déchéance de l’homme dans les lois de la femme! ah! non, jamais, par exemple! Ce qui est sublime dans les femmes supérieures qui nous dominent, c’est qu’elles dominent leurs maîtres»[34].

«La femme est l’inspiratrice et la reine de la société. C’est d’elle que dépend en grande partie la manière de penser des hommes»[35].

Oui, c’est vous qui grâce à votre tact, à votre finesse, à votre habileté, savez petit à petit, par ce je ne sais quoi qui nous enlace, faire de vos maîtres vos esclaves. Légalement nous vous commandons. Pratiquement nous vous obéissons.

Et toujours et sans cesse, malgré vos réclamations et vos cris, il en sera ainsi de par le monde, car aucune loi ne peut changer le cœur humain.

Les gens heureux! Ils sont foule en notre beau pays de France. «Voulez-vous connaître le secret des bons ménages? Chacun des époux reste à sa place, le mari commandant sans en avoir l’air, la femme obéissant sans en avoir conscience. Ils sont si étroitement liés qu’ils ne forment qu’un cœur et qu’une âme! Ils réalisent le mariage parfait»[36].

Oui, en France, la femme est la maîtresse de maison malgré vos déclarations, Mesdames les féministes. Vienne le jour où par un fait du hasard le plus étrange elle soit déclarée légalement l’égale de l’homme, ce jour-là il n’y aura rien de changé sous la coupole des cieux! Nous resterons toujours vos subordonnés, «car la femme est une esclave qui fait porter les chaînes à son maître».

Trêve donc de vos réclamations. N’allumez point la guerre

Où se jetant de loin un regard irrité