La Nouvelle-Zélande et l’État de Colorado depuis 1893.

L’Utah et l’Idaho.

En Angleterre, toutes les femmes votent pour les principaux corps représentatifs locaux, qui sont:

Les conseilsscolaires.
de gardiens.
paroissiaux.
municipaux.
de comté.

Elles sont éligibles seulement dans les trois premiers. La seule liste dont les femmes soient exclues est la liste pour l’élection des membres du Parlement.

Certains auteurs affirment que les résultats ont été excellents; les élections ont toujours revêtu un caractère de calme et de modération qu’elles n’avaient jamais eu. Les femmes ont accompli ce nouveau devoir avec intérêt et conviction. Pourquoi donc une chose fonctionnant si bien dans les autres pays ne donnerait pas d’aussi bons résultats en France? Les femmes votent au-delà des mers; tout le monde a trouvé cette nouvelle institution admirable. Qu’attend-on pour l’appliquer chez nous. Ne sommes-nous pas des femmes comme les Finlandaises, les Américaines ou les Anglaises?

La solution est simple, mais elle est fausse.

Il faut essentiellement se méfier de ces compte-rendus fantaisistes des journalistes nous annonçant que 3.000 femmes ont participé au vote, tandis qu’un confrère estime à 300 les suffragettes ayant usé de leur nouveau droit politique. Tel enthousiaste féministe proclame que la nouvelle loi a été accueillie avec joie; tel autre, plus calme, annonce que cette réforme a passé complètement inaperçue. Nous sommes encore trop près des événements pour pouvoir les juger; les matériaux sérieux et les documents probants manquent pour essayer même de porter un timide jugement sur les résultats obtenus et pour juger les effets. Le mieux est d’attendre! mais un journaliste le peut-il? Nous en doutons!

Le raisonnement que vous faites, Mesdames, n’est guère ingénieux. Les femmes votent en Amérique, en Finlande, etc. Pourquoi les Françaises ne feraient-elles pas de même?

Puisque les Chinoises portent le deuil en blanc, que les négresses se mettent des anneaux dans le nez, ou que les Japonaises, pour arrondir leur dot, font un an de stage dans les bateaux de fleurs, en feriez-vous autant? Et puis, vous oubliez la chose principale, la question des mœurs, de tempérament. «Erreur en deci, vérité en deçà». Ce qui peut être raisonnable et naturel dans un pays, peut être grotesque et fou dans un autre. Que la femme du Nord, plus froide, plus calme; que l’Américaine, plus flegmatique, puissent, avec leur éternelle indifférence, exercer leur nouveau droit sans que rien dans leur vie ne soit changé, nous l’admettons. Mais vous, Françaises, vous les enthousiastes, si sensibles, si changeantes, vous extrêmes en tout, qui êtes la légèreté et l’insouciance même, capables des pires résolutions comme des actes les plus fous, comment pourriez-vous déposer un bulletin dans l’urne? Auriez-vous seulement le désir de voter, d’exercer ce droit si fragile et si mobile, que l’on fait dévier par une promesse ou par une menace, vous qui êtes à la merci d’un sourire, d’une larme, d’une parole et d’un geste!