Ah! le joli résultat, le jour où vous pourrez avec un sérieux imperturbable inscrire sur vos cartes: électrice! Quelle décadence!
Le Mercure de France publiait dans son numéro du 1er février 1904 un article de Mme Charlotte Fabrier-Rieder, sur les «Femmes et le Féminisme en Amérique». Entre autres choses plutôt tristes, cette courageuse dame disait:
«Il n’y a plus de vie de famille en Amérique, plus de femmes d’intérieur. L’homme travaille pour que la femme ait beaucoup d’argent à dépenser. L’homme est le véritable esclave de la femme. Partout elle est prépondérante, elle collabore à la vie sociale, elle accède aux fonctions administratives et publiques, impose ses droits aux professions libérales, à tel point qu’un journaliste de talent, M. Cleveland Moffett, se plaint que l’Amérique soit de tous les pays du monde celui où la femme reçoit le plus de l’homme et lui donne le moins en échange. La femme, dit-il, passe sa vie dans la fainéantise, ne raccommode jamais, fait tout aussi bon marché de ses devoirs de mère que d’épouse et de ménagère. O femmes d’Amérique, prenez quelques leçons de la vieille Europe et en particulier de la France!
»Prendre des leçons de la France, c’est un peu tard, puisque c’est elle qui est en train de s’américaniser et de se féminiser»[38].
Paul Parsy, lui, est moins catégorique:
«Français et Françaises nous admirons en Norwège la femme qui s’avance en souveraine dans la cité, mais les Norwégiens et les Norwégiennes admirent et envient la Française, femme d’intérieur, comme nous disons, souveraine de la maison et du foyer. Et peut-être cette souveraineté-ci vaut-elle cette souveraineté-là. Et peut-être aussi ces deux souverainetés sont-elles conciliables»[39].
A notre humble avis, nous croyons à l’éternelle séparation de ces souverainetés. Et si le rêve contraire se réalisait un jour, qu’au moins parmi nos sœurs françaises il en reste toujours quelques-unes qui, selon le vers délicieux de Mme Fouqueux, veulent bien accepter
Ne vouloir être rien, être rien qu’une femme.
5e: La femme doit voter parce qu’elle ferait des lois contre l’alcoolisme et de régénération sociale
S’il est une plaie hideuse qui ronge notre pays, c’est bien celle de l’alcoolisme. De tous côtés, on entend répéter cette sinistre constatation: «L’alcoolisme fait des progrès effrayants, le fléau contamine notre sang le plus pur. La France est perdue!»