En un mot, on dit aux femmes: «Vous ne voterez pas parce que vous n’êtes pas des hommes.»
Combien l’on doit s’en réjouir!
Et croyez-vous alors que l’impôt du sang ne soit point compensé par cette lourde charge: la maternité? Mais ces générations de héros, de gloires illustres, de triomphateurs! Cette France belle, puissante, éternellement jeune, qui l’a faite? sinon vous les femmes, sinon vous les mères! Vous dont le droit serait de vous lever toutes pour demander à ces grands mangeurs d’hommes, tels que les Napoléons, où sont nos fils? Et ce geste, vous ne l’esquissez même pas, courbant vos fronts voilés de deuil devant la réponse: Patrie!
Comprend-on maintenant ce mot de Michelet: «Qui paie l’impôt du sang? La mère!»
L’impôt du sang! Nous le payons dans la personne de ceux qui nous sont les plus chers, fils, frères, époux et amis. Si nous sommes dispensées du service militaire, nous sommes condamnées en revanche à toutes les douleurs de l’enfantement. Si nous ne faisons pas la guerre, nous faisons des soldats[46].
Créer les futurs soldats au prix de mille souffrances, au péril de sa vie; passer un tiers de son existence à préparer des citoyens, tout cela n’équivaut pas à deux ans de régiment? Ne dites point à la femme des choses qui la blessent dans ses attributions les plus douloureuses mais les plus idéalement belles: la maternité. A ces exaltées luttant pour leurs droits et leurs intérêts soi-disant méconnus, à ces éternelles blessées, n’opposez point des raisons aussi vaines et aussi sottes. Car parfois leur réponse: «Nous serons puisque vous le voulez, soldats», est aussi ridicule, aussi dépourvue de bons sens que l’objection.
Non, Mesdames, votre place n’est point à la caserne, pas plus du reste qu’à la mairie ou à la Chambre des députés.
«Militaires, elles ne connaîtront jamais l’odeur de la poudre et le sifflement des balles, car elles sont femmes et comme femmes elles doivent avoir horreur du sang versé. C’est alors qu’on les verrait toutes ces belliqueuses dépouiller un costume qui ne leur siérait plus et il n’y en aurait pas une qui ne préférât aux attributs dont elles s’étaient imprudemment parées le seul insigne qui convienne à une femme, quand le canon tonne et le sang coule: le brassard consolateur de la Croix-Rouge. C’est aux hommes qu’il faut laisser l’uniforme et c’est à eux seuls que demeure le droit de le porter, parce qu’il n’est pas sur eux l’indice d’un goût mais qu’il est l’indice d’un devoir»[47].
Ne répétons donc point avec le gros public envisageant la discussion sous un angle étrangement étroit: Vous ne payez pas votre dette à la patrie; nous vous refusons le droit de vote.
N’exaspérez pas les femmes! elles auraient raison de s’insurger et de se révolter devant des raisonnements si peu chevaleresques et si peu probants.