Car pour une fois nous serions capable de devenir féministe!
1re: La femme ne doit pas voter à cause de la famille
Jules Simon, de l’Académie Française, écrivait: «La famille a un vote, si elle en avait deux elle périrait». Et Jules Simon était loin d’être un sot.
Que l’on ne nous accuse point de sentiments arriérés et vieux jeu, que l’on ne nous traite point de rétrograde ou de bourgeois! Nous avons une trop haute idée de la famille pour que nous ne disions le profond bouleversement qui serait occasionné par cette nouvelle réforme: le vote des femmes!
Nous entendons déjà les mille et une réponses faites à cette objection! La femme électrice! Et après! Croyez-vous que dans un ménage il n’y ait pas de nos jours des sujets plus importants de discussion et qui n’entraînent pas pour cela la faillite de la famille?
Attribuez-vous à un simple bulletin de vote le pouvoir anormal d’introduire sous le toit familial la discorde? Les enfants! mais aucun changement ne sera apporté dans leur éducation ou dans les soins à leur donner! Quant à l’amour des deux époux, il ne sera point diminué par le nouveau régime: égalité des droits sans distinction de sexe!
Dès le moment où les femmes voteront, elles auront conscience de leurs devoirs. Sollicitées de donner leurs voix, elles se demanderont pourquoi. Dès cet instant, il s’échangera entre l’homme et la femme des inspirations qui loin de nuire à leurs rapports réciproques ne feront au contraire que de les améliorer dans une large mesure. La femme, moins instruite, aura recours à l’homme qui le sera davantage. Il s’en suivra un échange d’idées, de conseils, un état de choses enfin comme il n’en aura existé que dans les cas très rares[48].
Les grands-prêtres du féminisme ont beau jeu pour idéaliser en phrases ronflantes et illuminées le sanctuaire d’amour que sera le ménage moderne; la femme, enfin, libérée de son rôle honteux de bonne légale à tout faire; l’homme n’ayant plus une compagne, mais une semblable, un homme-femme!
Nous avouons ne point partager ce vibrant enthousiasme. S’il existe déjà dans la famille de nombreux sujets à discussion, on ne voit guère le besoin d’en introduire de nouveaux.
Quand on aborde la question suivante, qui est en somme le nœud de tout raisonnement: «Le vote de la femme détruira-t-il la famille?» les uns haussent les épaules, en souriant, sans répondre; ce sont nos grands intellectuels et intellectuelles, démolisseurs des préjugés bourgeois et créateurs des grands systèmes sociaux! Ce sont les fortes têtes de la société, ayant l’intime conviction d’être des gens d’essence supérieure! Beati pauperes spiritu!