D’autres, plus sérieux, discutent, approfondissent, travaillent la question, ne se contentant pas de phrases prophétiques ou d’affirmations embrumées! Ils se disent: «Supposons du jour au lendemain l’égalité politique proclamée. Prenons un ménage type où le mari aura des idées avancées, la femme peut-être pas bien définies, comme presque toutes les idées des femmes, mais enfin plutôt rétrogrades ou conservatrices. Jusqu’ici aucune ombre n’était venue assombrir la joie et le bonheur de cet heureux ménage; les enfants étaient très bien élevés, les relations entre les différents membres de la famille étaient sympathiques, on était heureux!

Mais le jour des élections approche, une fièvre intense gagne tous les cerveaux; des amies viennent causer à Madame; on l’entraîne dans des réunions; dans des conférences où luttent, acharnés, onguibus et rostro, les deux candidats. Timidement, le mari fait observer à sa femme qu’il serait peut-être plus convenable, il n’ose dire nécessaire, que son vote soit conforme au sien, et cela eu égard à sa position, à ses relations, à son avancement. La femme, par amour-propre ou par conviction, répond catégoriquement que son opinion est arrêtée et que le choix de son candidat est déjà fait.

Le mari émet quelques observations; le ton de la discussion s’élève; les pointes et les répliques de la femme achèvent de mettre le feu aux poudres; si les parents, les frères, les sœurs s’en mêlent, le ménage devient alors un véritable enfer et cela simplement parce que Madame veut voter pour un royaliste et Monsieur pour un républicain.»

Que dire des querelles qui éclateront dans un ménage ouvrier ou dans une famille de paysans! La lutte sera là encore plus âpre, plus serrée, plus cruelle!

Qui pourra se figurer les innombrables discussions et les froissements inévitables qui existeront entre les amis, les parents et toute la lignée d’étrangers mise en communion d’idée par le mariage!

Ce sera charmant et le nouveau régime aura des conséquences magnifiques!

Et cette description, nullement exagérée, pourra s’appliquer du jour au lendemain à des milliers de ménages! Cela malgré toutes les dénégations des féministes.

Du jour où vous permettrez à la femme de voter, elle commencera par s’immiscer dans les réunions politiques, à parler, à discuter, et avec son caractère enflammé et extrême, s’enthousiasmant pour un rien, elle sacrifiera son intérieur et sa tranquillité à la défense d’une opinion. Cela, parce que de nos jours quand la politique vous enserre dans ses tentacules redoutables, elle vous absorbe, vous étreint, vous broie; parce qu’en politique toute tendresse, tout amour, toute sympathie s’évanouissent; parce qu’en politique on oublie tout, famille, enfants, situation, vous surtout, femmes, les exagérées éternelles, capables des résolutions les plus folles comme des actes les plus extravagants; parce qu’en un mot, on change de sexe, on n’est plus un homme ou une femme: on est politique.

Et nous assisterons alors à cette chose lamentable, la décrépitude de la famille française; nous verrons des intérieurs autrefois si calmes et si heureux changés en salles de conférence où devant des enfants pleurant et apeurés par les cris, un homme et une femme, un père et une mère, discuteront les mérites de leurs candidats, avec des gestes fous et des expressions malsonnantes. Nous assisterons à cette destruction lente mais sûre de la tendresse maternelle.

Quant aux enfants, abandonnés, livrés à eux-mêmes, élevés dans la liberté, l’émancipation et la libre-pensée, entre une tirade radicale et un discours royaliste, tirés d’un côté, tiraillés de l’autre, ils seront les spectateurs impuissants de ces luttes ridicules, jusqu’au jour où blasés et cyniques ils considéreront d’un œil froid et terne leur mère comme une folle et leur père comme un détraqué.