Oh! les grands rêves révolutionnaires, les grands mots d’égalité sexuelle, de liberté, d’émancipation, de rénovation sociale. Oh! modernes entrepreneurs de changement des mœurs! quelle triste figure serait la vôtre devant l’application réelle du programme de vos futures constructions! Quelle inquiétante responsabilité pèserait sur vos frêles épaules, le jour où l’on vous dirait: ouvrez vos chantiers! combien d’ouvriers ou d’ouvrières auriez-vous? Peu, très peu, car le bon peuple français se contenterait de regarder par-dessus les palissades la cité future que vos folles conceptions tentent d’élever!

Non, de grâce, ne touchez point à cette chose sacrée: la famille. Croyez, malgré tout votre scepticisme, qui pour la plupart d’entre vous n’est que de la pose ou du snobisme, que le vote des femmes aurait dans la majorité des foyers des conséquences désastreuses.

On ne peut émettre une opinion d’avenir, nous l’avouons, mais regardez simplement de nos jours dans les villes et les villages l’action des femmes. A la campagne surtout elle est énorme, car là on ne vote plus pour une opinion, on vote pour un tel ou tel autre. Les élections se font pour un nom contre un nom. Et les femmes se lancent dans la lutte, féroces, exaltées, entraînantes, poussant aux dernières folies! Que sera-ce le jour où elles pourront manier l’arme dont elles ne peuvent aujourd’hui que frôler le manche? Ce sera la débâcle de la famille, le renversement de la femme de son piédestal de gloire et de bonté.

Et maintenant, mesdames, vous les sensées, vous les normales, opposez toute votre énergie, toute votre force, à ces démolisseurs de tendresse et de bonheur. Rappelez à ces échevelées la phrase de Jules Simon: «La femme doit régner dans l’intérieur de sa maison, mais elle ne doit régner que là», et si prétentieuses et arrogantes, certaines mercantilistes du féminisme, avec des gestes tragiques et une face convulsée, s’écriaient: «mes sœurs, révoltons-nous; la famille vivra plus belle et plus puissante après notre émancipation», faites-leur la réponse ronde et franche que l’épouse de Jérôme Paturot lançait dans un club de femmes en 1848:

«Comment, ce n’est pas assez que les hommes aient la cervelle sens dessus dessous, il faut encore que les femmes s’en mêlent? On vous parle de vos droits. Vous avez celui de tenir en ordre votre maison, de raccommoder les chausses de votre mari, d’élever vos enfants, de commander aux bonnes et de veiller à ce que le dîner soit cuit à point? Et qu’aurez-vous gagné en venant ici? Que la maison ira à vau-l’eau, que tous les enfants seront mal tenus, les nippes en mauvais état et les bonnes maîtresses chez vous!!»

Oh! diront, mesdames les féministes, quel idéal trivial et banal! et surtout, en «quels termes grossiers ces choses-là sont dites.»

Mon Dieu! mesdames, nous avouons humblement préférer ce style sans gêne, délicieux dans sa rondeur bonhomme, à vos phrases prétentieuses et économico-sociales, dignes tout au plus de figurer dans le Parc aux Huîtres de Fantasio.

Quant à l’idéal de l’épouse de Jérôme Paturot, pour si terre à terre et si peu élevé qu’il soit, il a sur le vôtre, révolutionnaire et pédant, l’avantage d’être censé.

Et cela, croyez-nous, n’est point à dédaigner.

2e: La femme ne doit point voter parce qu’elle demanderait l’éligibilité.