Les femmes sont comme les enfants. Accordez-leur un petit bout de liberté, elles en demandent le lendemain un gros morceau! Et dire qu’il est inutile de leur donner le droit de vote parce qu’elles demanderaient tout de suite celui d’être éligibles, me paraît tout naturel! Dès qu’elles seront électrices, elles voudront être élues!
Quelques-unes même mettent la charrue avant les bœufs! Mesdames Marguerite Durand, Hubertine Auclert, etc., etc., se présentent dans divers arrondissements de Paris. «Leur ouvrirez-vous débonnairement les mairies, les conseils généraux, le Parlement, toutes les fonctions officielles du gouvernement?[49].»
Mais certainement, répondent ces dames! A quoi nous servirait l’usage du bulletin de vote s’il nous était impossible de faire triompher nos candidates? Et puis, croyez-vous que certaines femmes n’auraient pas autant de talent pour discuter une loi, faire une interpellation, etc., que la plupart des députés? Mais pour être conseiller municipal, maire, député, sénateur ou ministre, point n’est nécessaire d’être un aigle ou un génie? Et pour faire le travail que ces messieurs font, une dame en est aussi bien capable.
Nous ne discuterons point, mesdames, la comparaison et l’appréciation que vous portez sur le travail d’un député ou d’un sénateur. Nous dirons simplement que ce travail parfois énorme, mais toujours sérieux et à la longue ennuyeux, n’est point fait pour vous, à cause de votre tempérament. Il vous serait impossible de dresser des actes de l’état-civil, de faire des discours, de discuter des rapports, de répondre à tous les solliciteurs, de faire, en un mot, un travail de tous les instants, continu, sans trêve ni relâche, car vous êtes des femmes et qui dit femme, dit légèreté, étourderie, inconstance!
Que diriez-vous d’un conseil municipal composé de femmes! D’un maire-femme! D’un député-femme! D’un sénateur-femme (ceci est plus douteux; une femme étant en principe toujours jeune éprouverait quelque difficulté à découvrir son âge en s’asseyant dans l’auguste assemblée des pères conscrits!)
Mais, nous répondent les féministes, ce ne serait pas si ridicule! Dans les conseils elles apporteraient l’appui de leur tendresse, de leur impartialité; à la Chambre elles sauraient être indépendantes, donneraient leurs avis compétents sur les questions d’intérêt pratique ou d’économie!
Et puis enfin, n’avons-nous pas déjà la femme avocate, la femme docteur, la femme-écrivain, pourquoi n’aurions-nous pas la femme-maire ou la femme-député?
Le raisonnement est ingénieux, mais il est faux! Il ne s’ensuit pas de ce que nous avons déjà des femmes avocates ou médecins que nous soyons obligés de subir des femmes politiques. Ce serait une corde de plus à leur arc pour se rendre encore plus ridicules!
Les avocates! La plaie des tribunaux! l’épouvantail des confrères et des prévenus, la bête noire des juges!
Valère Maxime nous dit que de son époque, déjà, on comparaît les clameurs d’une femme avocate à des aboiements! Et ajoutant qu’elle était née en 48 avant Jésus-Christ, il dit: «Lorsqu’il s’agit d’un pareil monstre, l’histoire doit plutôt enregistrer la mémoire de sa destruction que la date de sa naissance»[50].