La doctoresse! Qui nous dira l’aversion qu’elle inspire à tous les médecins. La plus grande découverte du siècle, nous disait un docteur célèbre de Montpellier, serait de découvrir le microbe des étudiantes en médecine!!
L’écrivain! Elles sont trois mille en France, nous annonce tristement le Figaro! Et sur ce nombre, combien d’inconnues! combien d’ignorées. C’est la lente submersion de la littérature sous la production énorme: «de ces vaches écrivassières aux mamelles gonflées d’encre», comme les appelle irrévérencieusement Nietzsche.
«Lorsque dans une société, dans une littérature l’élément féminin domine, ou seulement domine l’élément masculin, il y a arrêt dans cette société et cette littérature est bientôt décadente. L’élément féminin produit une rétrogradation humaine»[51].
Après cela vous voulez nous donner la femme maire ou la femme député! Non, Mesdames; sans parler des nombreux et énervants conflits de tous ordres que vos candidatures susciteraient, il est une question plus sérieuse qui doit vous faire renoncer à ceindre l’écharpe tricolore! C’est votre légèreté.
Une femme, disait Lamartine, est incapable de suivre un raisonnement plus d’un quart d’heure! Vous entendriez-vous à réviser des comptes, à compulser des dossiers! Croyez-vous sincèrement à l’autorité morale d’une fonction publique exercée par une femme? Ne trouveriez-vous pas dégradant de vous voir dans les luttes politiques d’où est bannie toute galanterie, huées, insultées, vilipendées et traînées dans la boue?
Auriez-vous le courage le jour où l’ordre serait troublé de le rétablir! Seriez-vous assez sérieuses et assez calmes pour prendre aux heures du danger des décisions énergiques et sûres? Non, car votre légèreté, votre nervosité compromettraient en vous la voix de la raison et du bon sens! Et puis nous autres, les hommes, que ferions-nous? La cuisine, le travail de la maison, l’éducation des enfants, pendant que vous approfondiriez les comptes des mairies ou que vous prépareriez un rapport sur la marine ou sur les Beaux-Arts. Vous seriez la grande armée des femmes politiques dont nous ne serions que les serre-files! Non, Mesdames, ayez le bon esprit de reconnaître que les rôles de chacun ne peuvent s’intervertir.
On ne change point les décisions de la nature. Restez ces êtres charmants et doux, tendres et bons, embellissez un foyer par votre tendresse et souvenez-vous que malgré toute votre beauté, toute votre grâce, vous feriez toujours à la mairie ou à la Chambre des députés piètre figure! Vous n’y auriez aucun succès! Ecoutez du reste M. Claude Mill, un de nos chroniqueurs les plus spirituels:
«Tout de même est-ce que vraiment les femmes ont besoin d’entrer au Parlement pour que nous les appréciions davantage? Elles étaient charmantes avant de représenter le peuple; elles le seront évidemment après: mais elles ne le seront pas davantage. Tremblons donc qu’obligées d’assister aux doubles séances, contraintes d’arriver à neuf heures, de déjeuner à la hâte en étudiant des rapports et de s’en revenir dès le dessert pris, pour discuter de la décadence des haras, tremblons qu’elles ne donnent plus le même temps—oh le bon temps—à l’étude de l’ondulation et à la science du chichi. On me dira que les femmes sont essentiellement pratiques, qu’elles n’iront pas comme les hommes perdre six mois à discuter un budget assommant sous le couvert de réformes que la démocratie n’attend pas. Les femmes savent au moins le prix du beurre et encore plus la valeur du pain que l’on met dessous et ce n’est pas elles qui nous parleront cinq heures d’horloge de la politique du gouvernement en Cochinchine pour aboutir à l’ordre du jour pur et simple.
»Je veux bien croire aussi que le jour où la femme sera admise à délibérer et à voter, la Chambre deviendra un séjour charmant. Les complots sentiront un peu la verveine et la poudre de riz. On fera ou on défera un ministère pour un regard ou pour un baiser. Si la corruption continue à planer sur les assemblées politiques, elle se prodiguera sous la forme gracieuse de l’amour. Et le pot de crême remplacera le pot-de-vin!
»C’est entendu mais au fond tout cela est-il bien sérieux?