»Tout d’abord, impossible d’ouvrir la moindre session, malgré le proverbe qui veut qu’une session soit ouverte ou fermée?

»Quelle est la coquette, en effet, qui consentira jamais à être présidente d’âge? Et que de potins! La médisance ira bon train. On dira l’Aube a ses vapeurs. La Manche fait la tête car le Doubs parle bas à l’Eure! Et l’Isère est-elle mal fagotée. La séance sera-t-elle houleuse? Le président rappellera-t-il ces dames à l’ordre? Quel incident s’il se permet de déclarer qu’elles manquent de formes?

»Non, non. Mesdames! Croyez-moi, abstenez-vous. L’abstention est toujours chose facile, trop facile. Demandez aux hommes, ils en savent quelque chose. Et voulez-vous un bon conseil? En fait de loi, contentez-vous de faire à vos maris celles que nos mères faisaient à nos pères, c’est la plus douce et la meilleure».

Et personnellement nous ajoutons, c’est la seule que nous supportions de vous avec joie et bonheur!

3e: La femme ne doit point voter parce que cette nouvelle conception n’est point dans nos mœurs.

Depuis quelques années, des voix de femmes se sont mêlées aux justes revendications d’une démocratie jusqu’ici ignorée, les unes graves et pondérées, d’autres révolutionnaires et exaltées. Certaines militantes, comme Mmes Maugeret et Chenu, ont pris la direction du féminisme chrétien; mais, comme leur patron saint Jean-Baptiste, elles prêchèrent dans le désert. Quelques-unes, le bonnet rouge sur l’oreille et les deux mains sur les hanches, comme Mme Pognon ou la doctoresse Pelletier, se firent les propagandistes d’un féminisme rouge. Et de l’extrême-gauche à l’extrême-droite de la politique, l’arc-en-ciel féministe a resplendi.

Les Congrès de 1889, 1891, 1903 et 1904 commencèrent à mettre mieux en relief les revendications du sexe faible. Avec la naissance de la 3e République coïncide la création de nombreuses associations, l’Union universelle des femmes (Mme Cheliga-Lévy), l’Avant-Courrière (Mme Schmall), la Ligue française pour le droit des femmes (Mme Pognon), l’Egalité (Mme Vincent), etc., etc.

De nombreux périodiques ou revues viennent soutenir l’ardeur des combattantes et stimuler le zèle des néophytes: La Fronde, Le Droit des Femmes, La Femme, L’Avant-Courrière, Le Pain, Le Journal des Femmes, La Femme Socialiste, La Revue Féministe, L’Harmonie Sociale, La Ligue, etc., etc.

En littérature, MM. Hervieu, Turgeon, Marguerite, Brieux, Donnay, Beaubourg, Prévost, Bourget, Jules Bois exaltent le rôle futur de la femme libre et affranchie et idéalisent sa mission de demain.

Des hommes politiques, comme MM. Vaillant, Allemane, Viviani, Sembat, d’Estournelles de Constant, etc., se font les porte-paroles éloquents des revendications du sexe faible. Bref, la vague féministe monte, monte sans cesse.