Les ennemis de la République rabâchent depuis déjà longtemps l’éternelle complainte de la pourriture de nos mœurs politiques. Ils savent bien malgré tout qu’en République aucune suspicion ne peut-être jetée sur notre corps représentatif.

Le jour où vous aurez le droit de voter, mesdames, la pourriture politique gagnera du terrain sûrement, lentement, car aucune de vous n’aura ni le courage ni la force de résister aux tentations!

Et ce jour-là, les adversaires du régime auront beau jeu!

Nous le répétons, vous ne devez point voter, car vous êtes des femmes! car la femme est ce qu’il y a de plus beau sur la terre et peut-être dans le ciel, car les anges lui ressemblent idéalement. «Elle mérite ici-bas des autels, des litanies, une adoration spéciale. C’est la fleur humaine par excellence; et c’est aussi la perle, l’étoile et le papillon et toutes les pierres précieuses, le plus rare bijou de la couronne. Et c’est aussi tous les arts réunis, fondus, le plus exquis tableau, la plus svelte statue, le plus velouté pastel! Et c’est encore la musique animée, réalisée, personnifiée, la mélodie et l’harmonie, l’éternelle et divine romance!»[70].

Après cela, mesdames, aimeriez-vous devenir des hommes c’est-à-dire des singes?

Et pour terminer, méditez cette pensée de Victor Hugo: «Si vous êtes pierre, soyez aimant; si vous êtes plante, soyez sensitive; si vous êtes femme, soyez amour!»[71]. C’est la seule chose que vous puissiez être ici-bas.


TROISIÈME PARTIE


QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES
SUFFRAGETTES