Et maintenant pourrez-vous, Mesdames et Messieurs les féministes, être convaincus que la femme aura assez de bon sens et de raison pour user du bulletin de vote que, malgré elle, vous voulez lui offrir.
Vous voulez faire de ce petit être mignon qui ne songe qu’à s’habiller comme un champignon ou comme un parapluie, l’égale de l’homme; vous voulez accorder des droits nouveaux à cette Eve si mobile d’âme et d’esprit, qui ne s’arrête à rien de profond et de sérieux, qui glisse sur les sujets pour ne peser que la bagatelle! Allons, permettons aux enfants de s’amuser avec des armes à feu! Le droit de vote est une arme que la femme ne saurait et ne pourrait manier, elle la tuerait!
Et puis n’oubliez pas «que les femmes sautent toujours à pieds joints par-dessus les longues chaînes des raisons froides»[68].
Cela évite toute discussion en leur faveur!
En outre, que dire de leur exaltation. «Nerveuse, sensible, la femme est extrême en tout, capable des pires folies comme des actes les plus sublimes! La femme rêve toujours quelque chose de mieux que le bien et de pire que le mal»[69].
Accordez-leur le suffrage et vous comprendrez alors pourquoi des hommes de bon sens vous crient: Casse-cou! Mais dans les villes, et surtout dans les villes ouvrières et les villages, nous assisterons pendant les élections à des résultats navrants: les femmes exaltées, ayant au cœur la prétention de faire triompher leur candidat, se livrant à toutes sortes d’actes que nous ne pourrons que réprouver.
Considérez-les, de notre époque, dans les grèves. Ce sont elles qui mènent les ouvriers, qui se couchent sous les pieds des chevaux des gendarmes ou sur les rails des chemins de fer! Le jour où elles auront le droit de voter, les élections sombreront dans le ridicule ou dans le sang. Pour notre part, nous trouvons les deux solutions aussi grotesques l’une que l’autre! Et nous sommes sûr d’avoir de notre côté tous les gens de bon sens.
N’êtes-vous point encore coquettes, et ce défaut qui parfois est une qualité ne deviendra-t-il pas, quand vous serez électrices, une sérieuse pierre d’achoppement?
Vaniteuses! accessibles aux compliments. Comme vous deviendrez bien vite amorales! Que ne ferait-on pas d’une femme en lui vantant ses jolis cheveux ou ses grands yeux noirs. Des compromissions! mais il y en aura plus que jamais! Le premier joli candidat venu, au bagout étincelant, à la fine moustache ou à l’allure crâne, vous fera tourner comme des girouettes! Seriez-vous capables de résister à l’offre alléchante d’un pot-de-vin qui pour la circonstance revêtira les formes élégantes d’une robe de chez Paquin ou d’un superbe chapeau!
Mais en faisant vibrer en vous la corde désespérément sensible de la vanité, en vous montrant une rivale adulée, comblée d’honneurs, que vous pourrez égaler et même surpasser, que n’obtiendra-t-on pas de vous!