Sentimentales, que deviendront leurs décisions! A quel parti s’arrêteront-elles! Comment pourront-elles porter un jugement droit et définitif? La passion, le sentiment fausseront toujours leurs idées:
«Le sentiment peut tout faire rentrer dans l’esprit d’une femme»[61].
«L’homme est poussé par la passion, la femme par les passions; celui-là par un grand courant, celle-ci par des vents changeants»[62].
Voilà pourquoi jamais leur tempérament de grandes amoureuses ne pourra s’adapter à celui de politique et de tous ses corollaires, y compris surtout celui de voter.
La femme est de plus trop légère et trop inconstante. Aucune suite ne se trouve dans ces décisions. Incapable de prendre par elle-même une résolution, elle dispense son énergie entre de nombreuses idées auxquelles, du reste, elle ne s’arrête particulièrement jamais. Et si par hasard elle parvient à prendre une résolution ferme et énergique, elle est absolument incapable d’en attendre le résultat?
«Vous causez avec une femme de sujets graves, tout de suite vous vous apercevez que vous n’êtes ni compris, ni suivi. Sans cesse votre interlocutrice vous échappe, se jette à côté, s’arrête à des détails, se noie dans des lieux communs et sautille d’une idée à l’autre. C’est que la femme n’est pas un cerveau, elle n’est qu’un sexe»[63].
Ah! qui nous dira l’insouciance de cette petite âme d’oiseau, la légèreté de cet esprit «sautillant comme les mouches»[64], qui touche à tout, goûte à tout, veut tout voir, tout entendre, tout connaître, tout savoir sans rien approfondir. C’est que la femme ne peut matériellement réfléchir plus de cinq minutes; sa devise est frivolité. «La femme ébauche tout, n’achève rien»[65].
«Ma femme est charmante, provocante, seulement elle ne laisse rien dans la main. Elle ressemble à ces verres de champagne, où tout est en mousse. Quand on a fini par trouver le fond, c’est bon tout de même, mais il y en a trop peu!»[66].
Rapprochons cette délicieuse réflexion de Guy de Maupassant d’une déclaration fine et jolie qu’Henri Lavedan met dans la bouche d’une de ses héroïnes:
«Des joujous animés, des êtres indécis et bizarres à caprices, à vapeurs, à nerfs, voilà ce que nous sommes. Il y a des moments où nous ne comprenons rien à nous-mêmes. Nous avons des cervelles de petit lait, nous ne réfléchissons pas plus qu’une bête à Bon Dieu. Moi, je me fais l’effet de ne peser rien, d’être un duvet; moins qu’une chandelle... tu sais, cette fleur des champs sur laquelle on souffle et puis qui s’est envolée»[67].