Impressionnable, est un de ses graves défauts. Son organisme délicat la prédispose, en effet, plus que l’homme aux émotions. Un rien la trouble, l’ébranle jusqu’aux larmes. La moindre impression laisse en elle une trace profonde; une parole qui l’aura choquée, froissée, restera gravée dans son esprit pour toujours. Il faut peu de chose pour la rendre heureuse et une robe qui lui va mal la rend inquiète, agitée, irascible. Le moindre petit détail qui cloche dans sa silhouette la met dans des états de nervosité étranges; un malheur profond la laisse calme, froide et résignée.
A côté de ces mièvreries qui constituent cependant une ambiance nerveuse plus grande qu’elle ne paraît, il faut placer encore toutes les secousses plus fortes auxquelles elle est en butte: maladies, désillusions, misères, auxquelles son cœur généreux compatit toujours; chagrins intimes qu’elle garde jalousement par fierté et font d’elle l’éternelle blessée. Elle est en vibration continuelle et son âme et son esprit sont sans cesse agités par le souffle de la douleur et de la joie.
Et c’est à ce petit être ballotté, à la merci d’un sourire ou d’une larme, que vous voulez donner un droit—celui de voter—droit exigeant peut-être plus que tout autre le calme et la réflexion! Oh! direz-vous, êtes-vous sûr que les hommes réfléchissent avant de donner leurs voix à un candidat? Soit! faisons des concessions et reconnaissons que bon nombre d’électeurs votent sans se douter du droit sacré dont ils font usage; mais enfin, qu’on le veuille ou non, il existe encore bon nombre de Français qui en leur âme et conscience déposent, sans être impressionnés par les discours tapageurs ou circonvenus par les promesses, leur bulletin dans l’urne.
Prenons, au contraire, la femme avec son extrême impressionnabilité, mêlons-la aux luttes politiques, jetons-la dans des réunions, des manifestations; pendant des semaines bourrons-la de professions de foi, de proclamations, de déclarations, enflammons-la par de violentes polémiques, et nous aurons le jour du vote devant nous une malheureuse désemparée, brisée par les émotions, ne sachant plus à quel candidat se vouer, ne comprenant plus ce qu’on exige d’elle; nous n’aurons qu’une petite barque roulant, tanguant sur la mer immense de la politique.
Oh! combien triste et pitoyable ce sera!
On comprend qu’avec un tel goût pour les émotions fortes, elle soit inévitablement sentimentale. Cœur et nerfs, ainsi pourrait-on la symboliser.
Elle subit continuellement cette double impulsion. Son cœur est toujours plein de tendresse et de dévouement qu’elle répand sans compter. Aimer, être aimée, se dévouer toute, se donner corps et âme, voilà la véritable aspiration de la femme.
Certains féministes jugent parfois ce but dégradant, humiliant, parce qu’il fait d’elle une esclave, et leurs théories sont vaines, car aucun raisonnement n’empêchera la femme d’aimer et d’être une esclave à laquelle nous obéissions.
Sa seule tâche ici-bas se nomme amour. Et qu’on le baptise comme l’on voudra, sentimentalisme, romantisme, passion, tendresse, tout cela n’est qu’une forme de l’amour qui remplit la vie de la femme. Irez-vous rabaisser cet idéal, en faisant d’elle notre égale, du moins en théorie.
Mais la femme, créature d’amour, n’est point faite pour ces grandes théories modernes de l’émancipation sociale. Son cœur tout rempli de tendresse ne peut comprendre ces aspirations illégitimes de liberté, ces aspirations mal fondées d’égalité dans la question politique. Éloignez d’elle toutes ces complications, ne la sortez point de son cadre de beauté et d’amour, car le jour où elle viendra se mêler à nos luttes, le jour où elle sera élue maire ou député, ce jour-là sera pour elle l’ouverture d’une ère de rabaissement et de déchéance. Elle ne sera qu’une pâle imitation de l’homme! Trahie par son cœur, et voulant mettre la tendresse là où la raison, le droit et l’énergie doivent seuls régner, elle sera renversée, piétinée, elle deviendra la victime de l’amour!