De là, cependant, à faire retentir la trompette anticléricale et sonner à tous les échos le ralliement de la libre-pensée, nous paraîtrait un moyen essentiellement faux et maladroit. N’essayons point de jouer le rôle insipide de la mouche du coche, comme par exemple Mme Nelly-Roussel:
«Tant que nos soi-disant libres-penseurs, dit-elle, se montreront aussi misogynes que l’Eglise, tant qu’ils n’ouvriront à la femme qu’une petite porte dérobée en lui recommandant d’être bien sage et de s’asseoir humblement à l’écart, qu’ils ne lui feront pas partout sa large place, nous pourrons craindre que nos tentatives de laïcisation complète demeurent vaines et infructueuses! Mais qu’espérez vous, ô anticléricaux! Chasser vos compagnes des églises sans leur donner d’autres asiles! Les enlever à ce qui les console sans faire en sorte qu’elles n’aient plus besoin de chercher les consolations! Et dans leur âme où la résignation chrétienne endort la dignité humaine, tuer cette résignation sans réveiller la dignité qui défend de courber la tête sous aucun joug moral ou social? Sachez-le bien, vous rêvez l’impossible!»[60].
Sauf votre respect, Madame Nelly-Roussel, empruntant pour un instant un vocabulaire populaire: C’est du battage! Voyez-vous, les phrases, les grandes idées, les systèmes modernes sociaux, la refonte de la morale, «l’Eglise remplacée par la dignité qui défend de courber la tête», tout cela c’est un brillant galimatias, un merveilleux assemblage de mots qui ne veulent pas dire grand chose et qui, une fois réunis, veulent dire encore moins.
Laissez de côté, Madame, ces grandiloquentes théories de la porte dérobée et du joug moral ou social! Vos sœurs, pas plus que vos frères, du reste, ne pourraient vous comprendre! Pour combattre et ruiner à jamais dans l’âme de nos femmes l’influence d’un confesseur, point n’est besoin de ce bréviaire insensé de libre-penseuse ou de ce manuel nébuleux de parfaite laïque!
Non! que le mari soit désormais le confident de son épouse, qu’il l’entoure d’une affection franche et sincère, qu’il soit pour elle un guide, un soutien; qu’à tous les instants il se penche vers son cœur pour connaître ses souffrances et ses désirs, que son rôle ne se borne point à celui du mari légal, qu’il soit aussi le confesseur paternel et aimant, et désormais disparaîtra cette influence néfaste du prêtre qui fausse les volontés et qui pourrait détourner à son profit le suffrage des femmes!
Mais plus de ces harangues philosophiquement ennuyeuses, Madame Nelly-Roussel! Ralliez-vous à notre système! C’est le meilleur, parce que le plus simple et le plus naturel!
6e: La femme ne doit point voter parce qu’elle est femme
Cela semble un paradoxe, une vérité de la Palisse; et cependant nulle raison, à notre humble avis, n’est meilleure. De l’arsenal des raisons, restreintes à volonté, militant en faveur de notre opinion, aucune ne nous semble posséder plus de force, plus de bon sens, plus de naturel et plus de vigueur.
La femme ne doit point voter parce qu’elle est femme.
Certes, il est assez téméraire de vouloir donner une explication de la femme. Nous comptons, du reste, sur l’indulgence des critiques, pour la seule et bonne raison que pas plus que nous ils n’arriveront à donner la résolution de ce problème.