Le confessionnal n’est plus aujourd’hui le point où mystérieusement se réunissaient les fils qui guidaient les volontés des femmes; l’indifférence et la raison ont brisé la trame de cette toile immense, enserrant les âmes et les énergies féminines!

C’est mal comprendre la profonde influence qu’a toujours exercée sur la volonté faible et molle de nos compagnes le caractère religieux d’un confesseur. Depuis la juste loi de la Séparation, l’Eglise vit en marge de la République, dissimulée mais non vaincue, rabaissée mais non soumise. De n’avoir pas voulu se courber à l’instar des autres dogmes sous le joug de la loi, d’avoir été forcée de se soumettre, elle a gardé l’éternelle rancœur des vaincus et l’espoir de relever un jour la tête.

Voilà pourquoi, malgré tout, sans chocs, sans heurts ses ministres ont redoublé d’influence et de zèle! Sachant que la majorité des femmes a reçu une éducation religieuse laissant en elles une trace indélébile, ils savent réveiller au moment opportun les sentiments qui s’endormaient dans la fièvre de notre siècle! Ils continuent à guider les âmes et à avoir main mise sur leur volonté.

Dans les villes où la femme est absorbée par les exigences mondaines ou la lutte pour la vie, leur tâche est peut-être plus difficile; dans les villages où les lumières du ciel brillent encore dans l’âme naïve et douce des paysannes, leur travail est simplifié. Et, comme dans le passé, ils continuent à exercer une pression d’autant plus dangereuse qu’elle est cachée, d’autant plus à craindre qu’ils font miroiter l’éclat des palmes du martyre et la beauté d’une grande revanche, jusqu’au jour où étant les directeurs de toutes ces âmes, ils déclareront ouvertement la guerre à la République.

Que l’on ne nous dise point que ce sont là paroles légères ou pronostics pessimistes. Ce que nous voulons montrer, c’est la timidité, la faiblesse, la molle énergie d’une femme. C’est la facilité avec laquelle on capte sa volonté. C’est l’attrait mystérieux qu’exerce sur toute âme religieuse, même superficiellement, la parole douce et chrétienne, psalmodiée dans un confessionnal ombré avec des gestes bénisseurs et caressants.

C’est la facilité avec laquelle, sous prétexte de religion, le confesseur peut dévier d’un sujet à l’autre, peut inspirer et imposer sa façon de voir, peut en un mot se substituer à la volonté de sa pénitente.

Et voilà pourquoi le jour où dans sa bonté magnanime la République accordera aux femmes le droit de vote, ce jour-là des millions de bulletins tomberont en avalanche sur elle; ce jour-là elle sera submergée par les flots des opinions réactionnaires des femmes, qui ne seront autres que les opinions de l’Eglise!

Raisonnement faux, dit-on, puisque la plupart des féministes sont révolutionnaires et libre-penseuses! Mais quelle différence faites-vous donc d’abord entre un révolutionnaire et un réactionnaire ou un anti-républicain?

Il n’y en a pas! tous deux veulent renverser le régime existant, les uns par le raisonnement et le coup d’Etat, les autres par la torche et le pétrole! Tous deux rêvent à l’aube du grand soir, pour les premiers elle est blanche; rouge pour les seconds!

Et puis croyez-vous que les féministes socialistes iraient maladroitement se séparer du concours des catholiques? Leurs forces sont déjà bien petites; qu’adviendrait-il si elles les divisaient? Oui, nous avons l’intime conviction que le vote des femmes serait défavorable à la République et cela parce que de nos jours encore la volonté de la femme n’est point libre, elle est soumise à celle de son confesseur. Ceci n’est point une opinion; c’est la constatation de chaque jour, c’est un fait habituel! et nous croyons toujours à l’éloquence des faits plus qu’à celle des discussions.