«La politique, le café, le cabaret, en mettant les hommes en contact, leur font apprendre à s’apprécier et à se maîtriser. Mais pour les femmes, actuellement écartées de la politique, il n’y a point de contact civilisateur et l’habitude de n’avoir en vue que soi même fatalement restreint leur sens moral»[59].

Ainsi donc, pour compléter l’éducation de la femme, Mme Hubertine Auclert nous propose comme contact civilisateur la politique, le cabaret et le café. Pour notre part, nous croyons que si une pareille éducation devait leur être donnée dans de semblables milieux, il faudrait désespérer de les voir s’apprécier et se maîtriser; et il serait à craindre de constater, le jour où elles prendront ce fameux contact civilisateur, la ruine de la famille et une recrudescence formidable d’aliénées.

Non, jeunes filles, restez simplement les petites intelligences vives et alertes, ayant des aperçus rapides sur certaines branches de la science, connaissant très bien notre littérature, écrivant un français impeccable, sachant apprécier à sa juste valeur une œuvre d’art; joignez à cela une éducation artistique, soyez des femmes agréables, distinguées sans être pédantes, instruites sans être précieuses.

Ce n’est point certes que nous soyons partisans du type classique et ennuyeux de la femme de 1830 ou de la reproduction de cette espèce inférieure de jeune fille appelée oie blanche! Mais de grâce, ne brisez point brutalement cette auréole de tendresse et d’amour qui font la femme douce et aimante. Laissez pour les hommes les discussions théoriques, les analyses profondes et surtout cette fameuse éducation civique ou politique dont vous espérez merveille et qui ne fera que creuser plus profondément le fossé qui vous sépare de la raison et du bon sens.

Ne soyez point, Mesdames les féministes, celles qui font toujours semblant de croire à la vérité et à la beauté des doctrines que vous préconisez car, parfois, dans la hardiesse et la nouveauté de vos idées, vous confinez au ridicule et n’oubliez pas qu’en France le ridicule tue toujours!

5e: La femme ne doit point voter à cause du danger confessionnel

Ce chapitre, qu’on pourrait intituler: de l’hypnotisme, est un de ceux qui a réuni le plus grand nombre d’adversaires et de partisans.

Cette délicate question de l’influence du confesseur sur l’âme de sa pénitente est si complexe et surtout soumise à tellement de variations, à cause du tempérament et du milieu, qu’il est matériellement impossible d’apporter des faits individuels permettant de faire une preuve éclatante dans l’un ou l’autre sens.

Comment, disent certaines âmes charitables et naïves, pouvez-vous supposer à un homme de religion le pouvoir pour ainsi dire surhumain de guider les décisions des femmes, de diriger leurs actes, en un mot de leur imposer sa façon de penser et d’agir. Mais de nos jours, avec la liberté effrayante des mœurs, avec notre laisser aller, notre indifférence et notre scepticisme, l’armée des illustres pécheresses rachetant leurs fautes par de douces pénitences et suivant exactement les conseils intéressés de leur confesseur n’existe plus.

La femme d’aujourd’hui est trop légère, trop insouciante, et surtout trop avisée pour prêter une oreille attentive aux remontrances d’un jeune abbé poudré, ou d’un vieux vicaire illuminé et bedonnant! Par tradition, par habitude, par respect humain, elle lui débitera l’éternel monologue de ses péchés mignons, bouclera aussi vite que possible la douce pénitence et, plus légère qu’un oiseau, volera vers d’autres dangers, vers d’autres chutes, ayant au cœur la douce espérance d’être pardonnée et de re-recommencer.