Supposons que du jour au lendemain, on accorde aux femmes le droit de voter: Qu’arriverait-il? Tout simplement que la majorité des femmes (et nous ne parlons que de celles ayant reçu une éducation) éprouveraient quelque difficulté à se servir de cette nouvelle attribution, car cette intelligence, malgré toute la science (?) inculquée pendant des années par de savantes (?) maîtresses, n’aura pas reçu (heureusement) une éducation politique suffisante. Ah! disent les féministes, qu’à cela ne tienne, changeons les programmes et préparons les générations féminines à leur rôle futur.
Non, Mesdames, ne faites point cette suprême bêtise! Examinons en effet l’éducation de la femme moderne? Nous nous poserons certainement cette question: où sont les fous? Chez les hommes qui élaborent de semblables programmes, ou chez les jeunes filles qui les apprennent!
On rit en pensant à ce que doit savoir une femme pour son certificat primaire, on tremble quand on jette un coup d’œil sur le certificat supérieur, on frémit à la lecture d’un programme d’école normale!
Quant au reste, cela dépasse l’imagination humaine!
Non seulement l’éducation pratique et intelligente est abandonnée, mais encore, chose plus grave, elle est condamnée. Lire tout, apprendre tout, mais ne savoir rien, tel est le grand critérium de l’instruction féministe moderne.
«Il n’est pas rare de voir les jeunes filles faire dans une même journée le commentaire d’une églogue de Virgile, l’analyse du système de Kant, l’exposé des transformations du substantif de la langue d’oil et le tableau du régime parlementaire des Anglais au XVIIIe siècle ou expliquer le rôle du système nerveux périphérique, la formation des carbures d’hydrogène et reliqua»[57].
C’est cela! l’instruction à haute tension, la concentration dans un cerveau féminin des choses les plus abstraites et les moins utiles! On fait de nos jeunes filles d’aujourd’hui des intellectuelles, des doctoresses, des brevetées, des agrégées, c’est-à-dire des pédantes, des prétentieuses, mais hélas on n’en fait pas des femmes!
Et si maintenant pour obtenir malgré tout votre fameux suffrage vous joignez, Mesdames, à cette éducation savante, une éducation politique; si à la théorie du système de Kant ou du tronc de cône vous joignez les théories royalistes, impérialistes, républicaines ou socialistes; si désormais une femme doit apprendre l’exposé radical ou la doctrine communiste, le résultat sera admirable!
A la jeune fille pédante «qui n’a du dédain que pour les bourgeoises préparant des conserves ou surveillant la blanchisseuse»[58], ajoutez un troisième sexe, la femme politique, nous aurons alors un être hideux, difforme, composé de pédantisme, de laideur, de prétention, de science et de politique, qui ne sera même plus, selon l’expression vulgaire, bonne à prendre avec des pincettes!
Quelques féministes désireraient pour arriver à ce résultat un autre système. Ce serait la promiscuité de chaque jour des femmes avec les hommes: