A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le secret espoir de demeurer tout simplement des femmes.
L’idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se crurent tout d’un coup les Messies d’une nouvelle société; à l’instar des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte; et à part quelques esprits calmes et pondérés, l’escouade de ces militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs photographies!
«Ah! l’on ne connaît pas l’influence de la photographie retouchée sur la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face à l’Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en bédouine!»[72].
Et toutes ces dames, prises tout à coup d’un furieux accès de production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans toutes les revues, dans tous les quotidiens!
Oh! cette littérature féministe! De l’opium! de la guimauve ou de la pâte... épilatoire!
Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de l’émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des lanceurs d’affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris tout le profit qu’ils pourraient retirer de ces idées modernes et toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître et exalter!
Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider un congrès ou de lire leur nom dans un journal.
«Ce qui perce à travers la propagande qu’elles mènent c’est, avec le mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d’envie de chanter comme le coq, et c’est à qui s’époumonera pour mettre sa petite personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73].
Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la grosse caisse de vos revendications afin que l’on parle et que l’on cause de vous, que l’on vous interviewe ou que l’on mette votre photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de corricide!
Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le féminisme!