2o Les suffragettes et la beauté!

Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d’épaules de ces dames, a une grande importance! C’est la question de la beauté!

Jusqu’ici, les féministes n’ont recueilli que des suffrages restreints, et cela tient beaucoup au manque d’élégance et d’esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée!

Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être intelligente nul besoin n’est d’avoir une figure fine et gracieuse! C’est vrai, mais enfin c’est un grand défaut d’être laide, Madame! «La femme n’a qu’un droit, avons-nous lu quelque part, celui d’être jolie!» L’auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas!

«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où n’apparaissent plus, au coin d’un redoutable sourire, que quelques vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers, laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d’air!»[74].

Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée au vif, elle n’a pour le correspondant du Journal que des paroles mordantes!

Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu’il souligne d’une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique, nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le Parlement de n’importe quel pays! mais nous sommes meilleures que vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75].

Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit! Un homme peut être laid, cela n’influe en rien sur son caractère ou son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher! vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous supprimez la moitié de vous-mêmes!

Oui, n’oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur du féminisme et de l’amour libre sont inscrites dans la lassitude de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d’elle, quand sa cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c’est une arme devant laquelle peu d’hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté!

La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous contemplions vos traits dans le numéro de Fémina du 15 avril 1910. Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre succès malgré toute votre éloquence (?) et que de sourires ironiques doivent souligner vos périodes échevelées!