Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand? à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée!

Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies! Soyez jolies!

Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le Petit Niçois du 18 janvier 1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non, élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux, voire le tabac à chiquer, je l’embrasse fût-ce en pleine rue!»

Je ne croyais pas qu’il existât de par le monde des hommes capables d’un tel courage!

Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous points semblable à l’idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni!

3o: Les suffragettes et la critique

Il est encore un point qui vous porte considérablement tort, Mesdames, c’est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par des insultes ou des procédés méchants.

Irritables et nerveuses à l’excès, vous ne savez pas mesurer vos paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et d’amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez gravement tort!

Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux; encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine, vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses d’une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n’en auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais vous n’aurez plus l’ennui de lire des articles si véridiques à votre adresse, à l’instar du suivant:

«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui font de la politicaille, j’ai reçu toutes sortes de lettres et de cartes injurieuses.