Au fond, citoyennes, vous vous préparez un maigre profit et beaucoup de désillusions. Il y a de mauvaises lois à abroger, à modifier; il y en a de bonnes, de très bonnes à faire vous concernant. Laissez ce soin au temps, aux mœurs pas meilleures mais qui deviennent plus humaines. On y travaille depuis longtemps, Mesdames, depuis Justinien. Ne désespérez donc pas! On a rendu l’amour obligatoire tout comme l’instruction! Pouvait-on vraiment aller plus loin.
Quant à vos champions, vos leaders, charmantes parfois, éminentes rarement, à tous égards, en politique les croyez-vous capables de poursuivre l’intérêt véritable des femmes. L’on en voit trop prendre de l’incohérence pour du génie, le manque de goût pour du courage et l’incongruité pour de la hardiesse d’esprit.
De grâce, Mesdames, ne compliquez pas la vie, elle n’est pas déjà si simple! et puis, sans doute, les hommes eux aussi font beaucoup de sottises, mais croyez-vous qu’une sottise féminine soit l’antidote d’une sottise masculine? Nous croyons plutôt qu’elles font deux.
Ne prenez point ces airs batailleurs. Le costume de petite lutteuse vous va si mal.
L’homme politique devient devant les foules une bête orgueilleuse et déchaînée. Il ne regardera pas si vous avez des jupes ou des pantalons. Et une fois meurtries et blessées, vous pleurerez et vous n’aspirerez qu’à redevenir ce que vous n’auriez dû jamais cesser d’être, des femmes.
Certes, quelques-unes des grandes féministes trouveront peut-être ce rôle bien banal, bien effacé, bien indigne de leurs hautes aspirations.
Il semble que vous oubliez que c’est vous qui, dans la vie, êtes le plus souvent la souveraine! Pauvres pantins que les hommes, lorsque vous mettez en marche toutes les ficelles de votre séduction et de votre coquetterie.
Etouffez en vous ces bouffées d’orgueil et de domination politiques, souvenez-vous que vous avez des moyens plus sûrs de régner et d’avoir une incontestable influence! Songez à l’Assemblée des femmes d’Aristophane et à Lysistrata matérialisant de la façon la plus choquante et la moins attique une incontestable vérité. Par votre charme, votre grâce, et les mille et un détails de votre caractère, par la poésie de votre sexe et la simplicité du pot au feu, vous menez le monde (on a déjà dit cela en vers de tous pieds, en madrigaux de toutes façons, nous ne le redirons pas en prose!) Vouloir un autre moyen de domination, mesdames, c’est déchoir, abdiquer. Gardez-vous des utopies de notre siècle, donnez-nous de beaux enfants, restez simplement «petites fées».
«Relevez le Français du XXe siècle qui se donne à lui-même le spectacle de sa décomposition»[80]; ne soyez pas des vierges fortes, êtres incomplets, inquiétants, enfiévrés, tourmentés et n’ayez point comme idéal celui fou et grotesque d’être un individu avant que d’être un sexe.
Femmes, êtres exquis, faits de grâce et de délicatesse, restez ce que vous êtes; écoutez avec ironie et pitié les théories de ces hommes-femmes, de ces ratées, de ces soldes de l’amour, théories mauvaises, car elles sont anti-naturelles.