Et si le jour où écoutant les plaintes affolées et injustifiées de ces enfants, vous leur aviez dit ce que tout homme de bon sens pense, au lieu de leur faire inélégamment l’aumône d’une fausse pitié, de nos jours on n’entendrait plus ce flot de grotesques réclamations, qui n’ont pas seulement le mérite d’être idéalisées par des larmes et qui sont couvertes par des éclats de rire.
Si à ces énervées, à ces détraquées vous leur aviez fait entrevoir la faiblesse de leurs raisonnements et le contre-sens de leur idéal au lieu de leur prêter une oreille attentive, si vous aviez d’un seul coup plongé dans la vie normale ces anormales, au moment de stupeur et d’étouffement aurait peut-être succédé une crise plus violente, mais vite dissipée, et petit à petit, le temps aidant, lasses et fatiguées, elles seraient rentrées dans l’oubli et dans le passé!
Voilà ce que vous n’avez pas voulu faire, Messieurs les féministes, vous la cause première de cette théorie moderne et combien insoutenable: l’émancipation de la femme! Vous avez considéré cette idée nouvelle comme un «tremplin, comme un capital, comme une bonne affaire!»
Puissiez-vous faire faillite et crouler ridiculement sous les applaudissements vengeurs de tous les Français raisonnables et sensés!
Quant à nous, ce qui nous console, c’est que nombreux sont encore en France, «les Philistins des deux sexes qui n’osent pas s’arracher au cercle étroit des préjugés et appellent le féminisme la folie du siècle»[79].
Oui, la folie du siècle qui détraque le cerveau de quelques femmes pauvres d’esprit et riches d’espérances; folie remplissant notre pays de cris étranges et inquiétants, tels que «Egalité des deux sexes, Emancipation de la femme», etc., etc., à tel point qu’une de vos sœurs, Mesdames, intelligente et fine, Mme Séverine, dans le Matin du 2 avril 1910, essayait dans un style humouristique de faire taire ces brailleries par une expression peut-être pas très académique mais tout au moins de circonstance: «La ferme!»
Nous n’aurons point, Mesdames, la coquette impertinence d’une de vos plus illustres représentantes, croyez cependant que ce mot résume bien pour nous l’attitude à prendre devant tous vos discours et vos réclamations.
Que dire maintenant de cette question en elle-même, le suffrage des femmes?
La question du vote arrive à sa période heureuse, c’est-à-dire qu’on ne la prend encore ni au sérieux, ni au tragique. Touche-t-on à une solution? Si l’on songe que le problème fut posé par Aristophane, qui n’était probablement pas le premier, il y a environ 2.300 ans, on se sent un peu sceptique malgré l’initiative de quelques pays d’avant-garde. Au fond, chacun se demande si les femmes sont aptes à voter. «Cela n’a aucune importance, puisque les idiots votent», déclare Mme Durand, avec une humilité bien peu féministe et encore moins féminine.
Mais on se demande surtout, pour qui voteront-elles? et comme personne n’est sûr d’avoir les femmes pour soi (perfides comme l’onde, la douceur mobile, toutes les langues ont là-dessus des dictons malhonnêtes), chacun se méfie, excepté Don Juan..., mais Don Juan ne fait pas de politique.