—Allons! le moment est venu grommela Mornac. Il te faut mourir, mon vieux, mais mourir comme un soldat, au milieu de la mêlée. Ah! mordious, si j'avais seulement mon épée, les belles estafilades et les grands coups d'estoc et de taille dont je pourfendrais ces marauds! N'importe! ajouta-t-il en reprenant le bâton dans sa main droite, je vais toujours bien, avec cette arme de manant, fêler encore quelques caboches… Et ma pauvre cousine! Ah bah! c'est la plus heureuse de nous trois. Elle va mourir de sa belle mort, car cette fièvre qui la dévore va certainement l'emporter.
En ce moment un Sauvage essayait de monter sur l'échafaud, en arrière de
Mornac.
Celui-ci l'aperçut du coin de l'oeil, se retourna et lui asséna un grand coup. L'iroquois aurait eu le crâne fracassé, s'il n'eût penché la tête. Mais il n'en reçut pas moins le coup sur l'épaule droite. Ce qui le fit lâcher prise et retomber en beuglant.
Les sauvages semblaient hésiter et Mornac se demandait s'ils n'allaient pas de crainte de l'approcher, lui tirer à distance une flèche ou quelque arquebusade. Il se réjouissait déjà de mourir sans trop de souffrance, quand il sentit l'échafaud se dérober sous ses pieds. Il perdit l'équilibre et roula par terre.
Deux Sauvages s'étaient glissés sous la plate-forme et avaient abattu deux des quatre pieux sur lesquels elle reposait. Avant que le malheureux gentilhomme pût se relever il était entouré, maintenu à terre et garrotté.
L'échafaud fut relevé en un clin-d'oeil et Mornac hissé dessus. Tandis qu'on l'attachait à l'un des deux poteaux qui dominaient la plate-forme, on apporta Vilarme qu'on venait de retrouver blotti sous un ouigouam. Le misérable était tellement couvert de contusions que c'était grande pitié de le voir.
Lorsqu'on eut lié Vilarme à l'autre poteau, Griffe-d'Ours s'approcha de
Mornac et lui dit:
—Mon frère est agile et brave.
—N'est-ce pas? repartit Mornac. Et cet oeil qui te sort de la tête en témoigne visiblement.
Oui, reprit le chef. Mais nous allons voir si tu conserveras ta fierté dans les tourments. Tout à l'heure nos jeunes gens vont commencer à te caresser. Cela durera longtemps; car ceux qui veulent t'éprouver sont nombreux. Ensuite, tu seras brûlé. Mais auparavant, comme c'est l'usage des guerriers, tu vas chanter ta chanson de mort.