—Au fait! pourquoi pas? dit Mornac. Autant vaut chanter que se lamenter inutilement.

Et d'une voix mâle il entonna cette chanson de bravache:

Je suis un cadet de Gascogne
Né d'un père très-fortuné
Qui, sandis! viveur sans vergogne,
Mourut bel et bien ruiné

Il ne me laissa rien pour vivre
Qu'un donjon moussu que le vent
Ébranlait, tandis que le givre
Sur mon lit descendait souvent.

Mais j'avais du courage en l'âme
Et j'eus bientôt pris mon parti;
Des aïeux décrochant la lame
Pour guerroyer je suis parti.

Je devins soldat d'aventure,
Marchant le jour sous le harnais
Ayant le ciel pour couverture
La nuit lorsque je m'endormais.

Or, par un beau jour de bataille,
Je m'en allai si loin, fauchant
A grands coups d'estoc et de taille,
Qu'officier fus fait sur le champ.

Plus tard, de simple volontaire,
Grâce à maints coups de bon aloi,
Je passai brillant mousquetaire
Pour veiller auprès de mon roi.

Le jour aux pieds des grandes dames,
J'étais vraiment fort glorieux
Car j'enflammais toutes leurs âmes
Du regard brûlant de mes yeux.

Cadédis! au Louvres la Garde
Sait mêler le doux au devoir!
Souventes fois on se hasarde
A courir Paris vers le soir.