Longeant dans l'ombre la muraille
J'avisais quelque frais minous
Et criais au manant: «Canaille,
Au large! ou je te fends, bourgeois!»

Après amoureuse aventure
Trouvant le cabaret fermé,
Je frappais sur la devanture
De ma dague le point armé.

Dedans la taverne fumeuse
J'entrais m'asseoir près d'un soudard
Qui de ma vie aventureuse
Jadis partagea le hasard.

Nous vidions plus d'un plein grand verre
Et causions jusqu'au lendemain,
Nos éperons grinçant par terre
Et le front perdu dans la main.

De la sorte coulait ma vie:
Je savais narguer le malheur
En évitant toute autre envie
Que pouvait gâter mon bonheur.

Champ trop restreint pour la victoire
J'ai quitté le vieux continent,
Pour promener un peu ma gloire
De l'Orient à l'Occident.

Je disais: «Que la mort m'attrape,
Là-bas, je m'en ris! si vainqueur,
Dans une bataille, elle frappe
Son sire et maître droit au coeur.»

Allez, moricauds, qu'on apprête
Le bûcher qui me doit brûler
Et que l'on convoque à la fête
Tous les porte-flèches d'Agnier.

Tête de bouc, farfadet, gnome,
connu sous le nom d'Iroquois
Viens donc voir comme un gentilhomme
Laisse échapper le sang gaulois!

Venez, bourreaux, prenez la hache
Et le couteau, le feu, le fer
Entourez-moi que je vous crache
Mon mépris, truands de l'enfer!