Tout le temps que dura la chanson de Mornac, les Sauvages s'étaient tenus cois autour de lui. Le sang-froid du Gascon en imposait à ces hommes pour qui le courage était la plus grande vertu.

Aussi l'acclamèrent-ils quand il eut fini.

Griffe-d'Ours qui se tenait au premier rang lui dit:

—Nos guerriers sont contents de toi. Ils vont te prouver tout de suite en te torturant avec toute l'attention que mérite un capitaine. Nous ne négligerons rien pour te rendre les honneurs qui sont dus à ton courage.

Des jeunes gens armés de couteaux vinrent à Mornac en se disputant à qui commencerait à le tourmenter.

Le gentilhomme les regardait avec un sourire dédaigneux accroché au bout de sa moustache, et rassemblait toutes ses forces pour mourir en homme de coeur, lorsque, sur un signe de Griffe-d'Ours, les jeunes hommes s'arrêtèrent.

La foule se fendait devant une vieille femme qui s'approchait de l'échafaud en traînant ses pieds affaiblis par l'âge. Arrivée au lieu du supplice, elle s'arrêta et se mit à parler d'une voix chevrotante.

On l'écoutait en silence.

N'entendant pas un mot d'Iroquois, Mornac ne la comprenait point.

—Peste soit de la vieille bavarde! murmura-t-il. Pourquoi s'en vient-elle ainsi prolonger mon agonie?