Le chevalier se rendit au désir de Jeanne et lui dit en terminant.

—Vous voyez que j'ai gagné cette femme à notre cause, et que nous pourrons au besoin compter sur elle.

—Un bienfait n'est jamais perdu, chevalier.

—Non certes, et surtout celui-là qui me va permettre de m'approcher plus souvent de vous belle dame.

—Belle! je ne le dois être guère. Le manque de miroir ne m'a pas permis de constater les ravages que la maladie causés chez moi; mais je suis sûre que je suis affreuse.

—Affreuse! s'écria le galant gentilhomme qui mit un genou en terre et s'empara de la main blanche de la jeune fille en dévorant du regard ses traits pâlis mais toujours beaux. Je vous jure, ma cousine, que vous êtes bien la plus adorable femme qui soit au monde. Et j'ajouterais la plus adorée, se je craignais que vous ne prissiez ce dire pour une gasconnade; ce dont, sur mon honneur, je serais fort malheureux!

Je prie le lecteur de croire que le chevalier était bien sincère. Car, il le faut avouer en toute conscience, ce pauvre Mornac était amoureux de sa cousine.

Jeanne se sentit rougir sous le regard ardent du jeune homme, et lui retira doucement sa main en disant:

—Mon cousin veuillez reprendre votre place et ne me plus conter fleurette. Nous avons à nous occuper ce soir de choses bien plus sérieuses, trop sérieuses même, j'en ai peur.

—Que voulez-vous dire, fit Mornac qui se rassit tout honteux de voir sa déclaration si froidement accueillie. Le gaillard avait toujours été fort entreprenant auprès des femmes, et moi, son historiographe, je dois à la vérité d'avouer qu'il avait rarement trouvé de cruelles.