—Ne vous souvenez-vous donc pas, chevalier, que vous m'avez promis de me dévoiler la funeste influence que Vilarme a sur ma vie.

—Oh! Vous êtes trop faible encore, mademoiselle, pour résister aux pénibles émotions que ce récit vous causerait. Il vaut mieux attendre que vous soyez parfaitement rétablie.

—Attendre encore! Non pas. Voici la première occasion qui nous est offerte de causer librement; nous en devons profiter. Ce secret terrible me pèse; et le sentir étreindre plus longtemps mon coeur me causera plus de mal que d'en voir se révéler toute l'horreur.

—Ma chère Jeanne, n'insistez pas, je vous prie, fit Mornac en serrant la main de sa cousine.

—Si, monsieur, j'insiste! répliqua mademoiselle de Richecourt qui se dégagea vivement.

—Soit, puisque vous l'exigez. Mais je vous supplie, d'avance, de me pardonner si je suis forcé, par la vérité des faits, de faire douloureusement vibrer les cordes les plus sensibles de votre coeur.

D'un léger signe de tête Jeanne donna son assentiment.

Après un recueillement qui dura quelques minutes, Mornac commença dans ces termes:

—Une allée avant la mort du défunt roi Louis XIII, mademoiselle de Boisbriant, de Kergalec passait pour l'une des plus ravissantes filles d'honneur de notre bien-aimée reine-mère, Anne-d'Autriche, que Dieu veuille nous conserver longtemps encore.[44]

[Note 44: Anne-d'Autriche devait mourir en 1666.]