«A l'intérieur du château régnait le plus complet silence. Assise sur un tabouret, à quelque distance de sa maîtresse, Julie, sa suivante, regardait rêveuse et comme effrayée les lueurs rougeâtres qui partaient de l'immense cheminée où flambait la moitié d'un arbre, et dansaient fantastiques et solennelles, comme les esprits des anciens preux de Kergalec, sur les hautes boiseries du chêne noircies par la poussière des siècles.
«Depuis plus d'une heure, madame de Richecourt, dominée par le funèbre aspect de cette nuit orageuse, n'avait échangé aucune parole avec sa camériste. Maintenant que la nuit lui cachait la mer, elle prêtait une oreille inquiète au bruit du vent dans les grands arbres dont les troncs noueux gémissaient sous la rafale, aux pieds du vieux donjon. Le froissement des branches dépouillées de leurs feuilles, montait jusqu'au faîte de la tourelle, sinistres comme le cliquetis des os de squelettes.
«Soudain la flamme d'un faste éclair déchira l'horizon en illuminant d'une éblouissante lumière l'immense étendue des flots tourmentés, la sombre dentelure des falaises, le fouillis des arbres du parc et la haute tour carrée du centre du manoir qui s'ébranla sous un éclatant coup de tonnerre dont le dernier grondement s'en fut s'éteindre dans les souterrains du château.
«Les deux femme se signèrent, tandis que la pluie s'abattait par torrents sur la toiture.
«—Voici l'orage, prions! dit la comtesse.
«La camériste se rapprocha de sa maîtresse et toutes deux, la figure perdue dans leurs mains commencèrent à haute voix une longue prière.
«Le vent redoublait. Les girouettes rouillées criaient et tournaient affolés sur les toits qui craquaient sous l'effort de la tourmente.
«Au milieu des tous ces bruits tumultueux, la camériste crut entendre, comme le grincement d'une clef dans la serrure d'une porte depuis longtemps condamnée, dans un coin sombre de la chambre.
«—Bah! je me trompe, pensa-t-elle après un un instant de réflexion. Cette porte ne s'ouvre jamais. Ce sont les girouettes qui se plaignent là-haut sur leurs tiges de fer.
«Éblouie par les éclairs, elle remit entre ses mains sa tête qui s'était un instant relevée pour prêter attention au bruit, et continua de répondre aux prières de sa maîtresse.