Les coups se succédaient avec une rapidité merveilleuse et aucun d'eux n'était encore blessé. Un oeil exercé aurait vu pourtant que Mornac ménageait Vilarme. Évidemment le chevalier était plus souple, plus leste, plus prompt et plus fort que le baron déjà un peu appesanti par l'âge. Son sang-froid le servait aussi contre l'irritation de Vilarme qu'il avait soin d'exciter encore.
En bas de l'échafaud, les cris de joie et d'admiration, les trépignements des spectateurs tenaient du délire. Jamais ils ne s'étaient vus à pareille fête.
—Maintenant, fit Mornac dont l'épée supporta fermement deux ou trois coups fouettés du baron, attention, Vilarme. Avant que voter pouls n'ait battu cinq fois, je vais avoir l'honneur, le piètre honneur, de trouer votre vilaine peau en deux endroits différents; à la cuisse et sous le sein droit. Hop! d'une et de deux! s'écria triomphalement Mornac dont l'épée tournoya d'abord en deux feintes de couronnement et s'enfonça tour à tour dans les endroits désignés par une botte de quinte, aussitôt suivie d'un coup droit en prime.
Vilarme lâcha son épée, jura et tomba.
Le sang ruisselait d'entre les lèvres de ses deux blessures.
La foule stupéfaite poussa un grand cri et Mornac croisa les bras avec un sourire des plus aimables.
—Que Satan t'étrangle! cria Vilarme.
—Merci, et puissiez-vous bientôt le rejoindre. Vous lui ferez un fier compagnon!
On emporta le baron à moitié évanoui sous le ouigouam de la Corneille qui, en voyant son époux si maltraité, croassa comme l'oiseau dont elle portait le nom.
Quelques regards de travers furent bien lancés à Mornac, mais on ne l'inquiéta pas autrement.