Les Sauvages n'avaient pas de lois pour la punition des offenses, et se chargeaient individuellement du soin de se venger. Le duel de Mornac et du baron ne sortait donc pas de leurs habitudes. D'ailleurs ce ne devait pas être pour des Iroquois un grand sujet de peine que de voir des Français d'entr'égorger.
En regagnant son ouigouam, Mornac de disait:
—Je l'aurais achevé, si je ne m'étais retenu. J'aurais bien fait, peut-être. Car ce diable d'homme est capable d'en revenir. Les bandits de cette espèce ont la vie si dure!
CHAPITRE XIV
OU L'AMOUR L'EMPORTE DUR LA HAINE
Trois semaines plus tard, à la tombée de la nuit, Mornac sortait de sa cabane et se dirigeait vers le ouigouam de la Perdrix-Blanche.
Le ciel était sans étoiles, l'atmosphère lourd et chargé de vapeurs. Pas un souffle de vent n'agitait les branches desséchées de la forêt dont les arbres immobiles étendaient leurs grands bras morts au-dessus de la terre couverte d'une légère couche de neige.
Il y avait dans l'atmosphère je ne sais quoi de pénible et sinistre. La nature semblait saisie d'une de ces vagues torpeurs qui précèdent presque toujours les cataclysmes et les grandes commotions du globe.
Influencé à son insu par cette torpeur qui étreignait la nature inanimée, Mornac grommelait à part soi:
—J'éprouve un singulier malaise. C'est comme s'il y avait du malheur dans l'air. Bah! deviendrais-je superstitieux par hasard?… Allons, sandis! pas d'enfantillages. Et, puisque l'heure est venue, en avant!