C'était Vilarme qui, à demi guéri de ses blessures, s'était glissé du côté de la cabane qu'habitait Mlle de Richecourt au moment où Mornac et sa cousine venaient de sortir. Vilarme encore faible avait voulu s'opposer inopinément à leur fuite.

—Vite, fuyons! dit Mornac. Ce gredin peut avoir donné l'éveil.

Mais rien ne bougeait aux environs, et les deux fugitifs s'enfoncèrent paisiblement dans la campagne.

Pauvres enfants! ils s'en allaient joyeux, elle fuyant l'opprobre et lui l'esclavage, confiants en Dieu, insouciants du lendemain, mais à peine vêtus, sans autres armes qu'un coûtera et qu'un arc dont il savait à peine se servir et sans autres provisions que quelques livres de sagamité. N'importe, ils fuyaient, cela suffisait à leurs aspirations du moment, et ils ne s'inquiétaient pas le moins du monde des pistes que leurs pieds laissaient visibles derrière eux dans la mince couche de neige tombée durant le jour.

Ils avaient bien marché près d'une heure dans la direction du lac Saint-Sacrement, lorsqu'ils entendirent en avant d'eux un grand bruit de voix et de pas.

—Cachons-nous! dit Mornac.

Ils sortirent du sentier pour se blottir sous des broussailles en arrière de gros arbres qui bordaient le chemin tracé dans la forêt. Bientôt ils entrevirent une centaine de Sauvages qui se dirigeaient du côté d'Agnier.

Le coeur battait si fort aux fugitifs qu'il leur semblait que le bruit de ces palpitations allait trahir leur présence.

Mais le parti de guerre, à la tête duquel était Griffe-d'Ours, continua sa marche et les dépassa sans les remarquer. Bientôt les voix et les pas se perdirent dans l'éloignement.

—Griffe-d'Ours! dit Mlle de Richecourt à Mornac. Mon Dieu! que nous somme partis à temps!