—Partons! fit Mornac que se pencha hors de la cabane. Tout est coi dans la bourgade.
Mademoiselle de Richecourt se rapprocha de la Perdrix-Blanche et lui serra la main en signe d'adieu.
Celle-ci leva de grands yeux tristes sur Jeanne et reporta ses regards sur l'enfant que Mornac avait sauvé quelques semaines auparavant.
—J'ai tort de vous laisser partir. Mais avant tout je suis mère et me souviens.
Mornac lui donna aussi une chaleureuse poignée de main. Puis il souleva la portière, s'effaça pour laisser passer sa cousine, lui offrit le bras, et tous deux firent joyeusement les premiers pas vers la liberté.
Après avoir marché quelque peu dans la grande rue qui coupait en deux le village, ils obliquèrent à droite, et, loin de gagner la porte des palissades, fermée à cette heure, ils se glissèrent à côté de la cabane de la mère adoptive de Mornac jusqu'à l'enceinte qui entourait la bourgade. Mornac avait, à la tombée du jour, arraché l'un des pieux et l'avait fixé de manière à ce qu'il se pût ôter facilement pour leur livrer passage.
Le chevalier enlevait tout à fait ce pieu de chêne, quand il aperçut une ombre qui semblait sortir de terre et qui cria:
—Je vous y prends, beaux déserteurs, et nous allons voir!…
L'homme n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Mornac lui asséna un grand coup du lourd bois de chêne qu'il venait d'arracher, et étendit l'intrus par terre où il resta évanoui sous la violence du choc.
—Si je ne viens pas à bout de te tuer, corbeau de malheur! dit le chevalier, ce ne sera pas ma faute!