Deux guerriers soulevèrent Mornac pour l'emporter.

Griffe-d'Ours s'approcha de Mlle de Richecourt.

—Arrière de moi! cria-t-elle.

Et ce regard dominateur qui avait déjà fait courber le front du guerrier, s'en fut encore brûler l'oeil de l'Iroquois qui n'en put supporter la fierté magnétique.

—Que la vierge blanche marche donc devant moi, dit-il.

Jeanne passa superbe à côté de lui, en l'écrasant de toute l'expression de mépris dont la fille des comtes de Richecourt aurait su accabler ce sauvage bandit, sous les lambris dorés du château de Kergalec.

Griffe-d'Ours se mit à la suivre en tremblant de rage, de faiblesse et d'amour.

—Oh! cette femme! quelle force inconnue a-t-elle donc en elle-même? pensait-il, pour que moi, Griffe-d'Ours, la Main-Sanglante, je tremble devant un seul de ses regards, comme l'oisillon sous l'oeil ardent de l'aigle! Que l'amour de cette femme doit être puissant! Sa haine est si forte!

Les tristes pensées qui agitaient l'âme des captifs! S'être sentis si près de la liberté et voir tout-à-coup leurs liens se resserrer plus fortement que jamais!

—Cette fois-ci, c'en est pardieu fait de moi! grommelait Mornac. Et ma pauvre cousine!… Elle qui, je crois, commençait à m'aimer!… Aussi bien faut-il que je sois l'être le plus infortuné de la création!