—Vous nous avez donc abandonnés, mon Dieu! soupirait Jeanne. Oh! veuillez me pardonner, alors; mais je serai morte avant que le souffle de ce bandit effleure ma figure… Mon malheureux cousin qu'ils vont torturer, et par ma faute! Il me semblait qu'il m'aimait un peu! Et moi qui, tout en feignant de n'en rien croire, faisais les plus doux rêves d'avenir! Mon Dieu! mon Dieu! avions-nous donc consommé notre part de jouissances terrestres! et sommes-nous déjà mû pour la mort? Pourtant je suis si jeune et j'ai tant souffert!
De grands cris accueillirent les captifs, lorsqu'ils rentrèrent au village.
Des centaines de torches éclairaient la bourgade.
En un instant le sort de Mornac fut décidé.
Il fut poussé vers un poteau planté sur une éminence qui s'élevait à l'extrémité du village et y fut solidement attaché.
—Avant de t'offrir en victime au Dieu de la guerre, dit Griffe-d'Ours à
Mornac, on va faire ta toilette de mort.
Deux Iroquois préposés à cet apprêt funéraire, apportèrent les couleurs et se mirent à peinturlurer Mornac des pieds à la tête.
Tandis que l'un lui teignait la jambe droite en rouge, l'autre bariolait sa cuisse gauche du plus vif indigo. Et ainsi de suite en remontant vers la poitrine et la face. Après quelques minutes, tout le corps du chevalier offrait aux yeux des spectateurs les nuances variées de l'arc-en-ciel.
—C'est pourtant bien assez de mourir par le feu, grommelait le Gascon, sans être attifé d'une aussi ridicule manière. Il y a, sandious de singulières destinées dans certaines familles! Qui aurait cru, par exemple, lorsque j'étais à Paris, il y a quelques mois à peine, que le dernier descendant de cette grande lignée des Mornac, dont plusieurs chefs moururent en Palestine, casque en tête, bardés de fer et la lance au poing, qui aurait cru que le dernier petit-fils des ces preux palatins finirait burlesquement ses jours au milieu de pareils moricauds, nu comme Adam et bigarré tel que les fous des anciens rois de France! Heureusement que je suis le dernier de ma race; car ma mémoire inspirerait peu de respect à ceux qui auraient à porter mon nom. O mes aïeux! si l'on peut rire encore par delà l'huis du tombeau, vos mâchoires dégarnies doivent se détendre largement sous vos crânes vides à l'ébouriffant aspect de votre dernier rejeton!
Sa toilette funèbre terminée, l'on entoura le chevalier de fagots de bois sec. On eut soin pourtant de les placer à quelques pieds du supplicié, afin que le feu ne le rôtît qu'à distance et qu'il fût plus longtemps à souffrir. Souvent, les victimes ainsi calcinées à petit feu, mettaient une couple de jours à mourir.