A en juger par l'art minutieux avec lequel on disposa le bûcher autour de Mornac, le malheureux en avait bien pour deux ou trois journées à sentir ses chairs roussir et se carboniser sous l'action lente du feu avant que d'exhaler son âme avec son sanglot suprême de souffrance.

Lorsque le dernier fagot eut été disposé sur la pile de bois qui entourait, à cinq ou six pieds de distance, la victime jusqu'à la hauteur des hanches, on abaissa les torches allumées, et, tout aussitôt les langues de flammes se mirent à lécher le dessous du bûcher, tandis que le bois sec crépitait sous les étreintes du feu.

Durant les quelques minutes qui suivirent, une épaisse fumée s'éleva en voilant la lumière.

A demi suffoqué par cette âcre senteur, Mornac éternuait, toussait et crachait les jurons le plus énergiques de son répertoire.

—Je voudrais pardieu bien savoir un peu… pouah! ce que j'ai pu faire à la Providence… pour qu'elle me ballotte ainsi… mordious!… de supplice en torture!

Les bourreaux riaient aux larmes.

Bientôt la flamme claire sortit victorieuse du bûcher, et, grondant s'éleva de plusieurs en enserrant le supplicié dans un cercle de feu.

Secoués par le vent de larges banderoles de flamme flottaient autour de la victime qui voyait leurs replis flamboyants se dérouler jusqu'à son corps pour l'éteindre en des caresses mortelles.

Cette scène terrible éclairée par ce brusque surcroît de lumière, avait comme un reflet des spectacles de l'enfer, lorsque les murs ardents de la fournaise éternelle se rougissent sous l'action de la flamme ranimée par le supplice de quelque nouveau damné.

Au centre de l'impitoyable cercle de feu, dominant la foule qui ondoyait au pied du tertre où s'élevait le bûcher, apparaissait Mornac, le front contracté par la douleur qu'il commençait à ressentir, les yeux chargés d'éclairs, mais gardant toujours aux lèvres ce dédaigneux sourire qui ne le devait quitter qu'après son dernier sarcasme et son dernier soupir.