«Une fois arrivés à la ville nous les y laisserons en sûreté pour aller ensuite avec vous sauver mademoiselle et les autres. Il en sera temps encore, car les Sauvages vont certainement emmener avec eux, dans leur pays, mademoiselle Jeanne, monsieur de Mornac et ce baron de Vilarme dont la figure, entre nous, ne me plaît pas beaucoup. Il n'y a que ce pauvre Jean Couture dont j'ai grand'peur qu'ils ne se défassent immédiatement, vu qu'ils n'ont pas d'intérêt à le garder vivant comme Mlle Jeanne et les deux messieurs, que leur position rend précieux comme otages. Vous savez comme moi qu'il arrive assez rarement que les Sauvages tuent tout de suite les personnes de distinction qu'ils ont pu prendre en vie et capables de les suivre. Il préfèrent les garder dans leurs villages pour les échanger contre les prisonniers que nous leur faisons aussi quelquefois.»
—Mais mademoiselle de Richecourt?
—Soyez tranquille à son égard. Tant qu'il restera un souffle de vie à ce jeune gentilhomme qui est son cousin, elle n'aura rien à craindre. Il m'a l'air assez déterminé pour tenir tous ces bandits à distance.
Jolliet secoua tristement la tête en montrant combien il était peu convaincu par ce raisonnement spécieux dont le bon Joncas s'efforçait de le consoler.
Il fallait bien se rendre; et la main tremblante de sa mère, qui vint s'appuyer sur son épaule fit taire les élans de la passion que Jolliet sentait bondir en lui.
—Tu l'aimes bien plus que moi! lui dit Mme Guillot dont les yeux pleins de larmes se fixèrent sur les traits décomposés de son fils.
Celui-ci ne put répondre, et, pour cacher ses larmes se jeta dans les bras de sa mère.
Deux jours plus tard, deux embarcations, les voiles déployées, sortaient de la rivière à Lacaille. Jolliet conduisait le bateau. La chaloupe était dirigée par la femme de Joncas et Mme Guillot.
Quant à Joncas et au Renard-Noir, ils venaient de s'enfoncer dans le bois, à l'endroit où les Iroquois et les captifs avaient disparu, deux jours auparavant.
Les deux embarcations doublaient la Pointe-à-Lacaille, lorsqu'un cri partit du rivage et attira l'attention de Louis Jolliet.