Il aperçut ses deux amis qui lui faisaient signe de les aller chercher sur la rive.
Les ancres furent jetées au fond de l'eau, et Jolliet se rendit à terre sur le canot d'écorce de Renard-Noir.
—C'est ici qu'ils se sont embarqués, lui dit Joncas. Voyez-vous leurs pistes dans le sable. Ils sont partis trop à la hâte pour les effacer.
Jolliet se baissa vers le sol et reconnut, entre toutes les autres, l'empreinte légère du petit pied de Jeanne.
Il s'agenouilla sur la grève et embrassa cette trace en la mouillant de ses larmes.
—Pardonnez-moi, dit-il ensuite à Joncas en se relevant, mais c'est tout ce qui me reste d'elle!
—A votre âge j'en aurais fait autant.
—Lorsque Fleur-d'Étoile courait, jeune fille, sur les bords du grand lac, le Renard-Noir baisait la tige des fleurs qu'elle avait courbées sur son passage; et le chef indien n'en rougissait point de honte, repartit le Huron qui jeta un regard plein de bonté sur Louis Jolliet.
Les trois hommes s'embarquèrent dans le canot et gagnèrent les deux embarcations ancrées à quelques arpents de la rive. Puis ils continuèrent leur course, Jolliet guidant les deux embarcations à voiles, tandis que le Renard-Noir et Joncas rasaient avec la pirogue tantôt la rive sud, tantôt le bord des îles qui dorment au fil de l'eau en remontant jusqu'à la capitale.
Ce fut ainsi qu'ils trouvèrent sur l'île Madame les restes demi consumés du pauvre Jean Couture qu'ils emportèrent avec eux pour les déposer en terre sainte.